HANGOVER SQUARE

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Pourriez-vous imaginer perdre un temps le fil de la réalité, comme être déconnecté et oublier du tout au tout ce que vous avez pu faire ?
Vos actes s’enfouissent dans un néant et il vous est impossible d’en saisir la moindre parcelle, rien ne peut venir réveiller les souvenirs qui dorment dans votre inconscient. Un bruit lors d’un état de stress ou d’irritation, et voilà qu’à nouveau votre transe se manifeste.
C’est lugubre n’est-ce pas ? Pourtant c’est ce qui arrive à George Harvey Bone, un compositeur célèbre résidant à Hangover Square, à Londres, au début du Xxème siècle.
Œuvrant sur un concerto, dont l’obsession ne cessera de grandir, et tiraillé entre l’amour d’une femme sans vergogne qui profite de son talent et ses absences qui virent à une paranoïa démente, sa vie s’enchaîne crescendo avant de trouver son issue dans un fatalisme d’une noirceur poétique et macabre.

Hangover SquareC’est peut-être là, avec « Hangover Square », que s’illustre le mieux le talent de John Brahm, réalisateur allemand exilé aux États-Unis. Un talent qu’il saura mettre à profit pour imposer à l’écran l’impressionnante stature de Laird Cregar (que l’on retrouve aussi dans « The Lodger » du même réalisateur), qui interprète donc ce musicien tourmenté.
Le concerto qu’il écrit – et que l’on doit à Bernard Hermann – reflète son inexorable condition, et dés lors se décline en une mélodie toujours plus sombre.
La caméra de John Brahm se ballade ainsi dans ce lieux sinistre, où les ombres côtoient la lumière à peine perceptible d’un réverbère. Image empreinte de désespoir que le réalisateur arrive à transcender, pour tout de même faire jaillir la personnalité de son héros. Un homme qu’il ne faut pas blâmer pour ses actes, mais qu’il faut plutôt plaindre.
Tout cela trouvera son issue dans un scène finale qui vous procurera des frissons, tant elle est tragique et belle à la fois.

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Produit par la Fox, « Hangover Square » fait partie de ces films, avec deux autres réalisations de John Brahm : « The Undying Monster » et « The Lodger », qui visait à donner à la société de production des films d’horreur de grande qualité, comme le fait à l’époque Universal et sa série de « Monstres ».
Fait assez cocasse, puisque le film qui nous intéresse est loin de toucher à l’horreur, mais plus au film noir dont il a tous les codes. Que ce soit dans la photographie, ou dans les décors, on ne peut pas se tromper.
Idée saugrenue de la part de la Fox, dont les voies sont parfois impénétrables.
Toutefois, il est vrai que l’atmosphère du film nous plonge dans un certain effroi, fait de la « transformation » de Georges Bone en une sorte de « Mister Hyde », sans pour autant être un « Dr. Jekyll ».

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Cette prouesse à jouer ces deux aspects d’une personnalité dans la tourmente, on la doit à Laird Cregar, bonhomme aux allures démesurées qui connu une fin tragique. En effet, il décède à 31 ans des suites d’une crise cardiaque.
Il aura tout de même marqué le cinéma dans des films illustrent. On peut l’apercevoir dans « Qui Perd Gagne », « Ten Gentlemen from West Point » de Henry Hathaway ou encore le très beau « Le Ciel peut Attendre » de Ernst Lubitsch.
Dans « Hangover Square », son jeu est remarquable, marquant avec justesse les frontières de ses états, créant l’ambiguïté avec intelligence, on peut littéralement dire qu’il « crève » l’écran.
A ses côtés, un autre grand du cinéma : Alan Napier ! Le flegme britannique de cet acteur qui joua le rôle du Dr. Carver dans « La Féline » de Jacques Tourneur, prend ici toute sa splendeur lorsqu’il joue ce chef d’orchestre respecté.
Faye Marlowe (Spider de Robert D. Webb) et Linda Darnell (Chaînes Conjugales) complètent la distribution.
Linda Darnell dont la beauté est éclatante chez Joseph L. Mankiewicz devient ténébreuse chez John Brahm. Une démonstration efficace des talents de cette actrice qui tourna aussi pour René Clair et Otto Preminger, et dont la carrière est riche d’une cinquantaine de films.

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Avec ce véritable concerto pour piano et violons intégralement écrit par Bernard Hermann pour le film, et cette réalisation d’une grande maîtrise, on peut dire sans conteste que « Hangover Square » s’inscrit parmi les œuvres majeures du film noir et du cinéma en général.

Cédric Valentin

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