LA FORME DE L’EAU

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Dans ce que l’on pourrait qualifier de contre-nature : une femme qui aime un « monstre amphibien », il en ressort pourtant la plus belle des histoires d’amour.
Parce que justement elle transcende les préjugés, parce qu’elle fait s’écrouler les tabous, parce qu’elle révèle que s’aimer est possible, au-delà de nos différences.
C’est cette histoire que Guillermo Del Toro nous livre, débutant comme un conte et son « once upon a time », pour en faire jaillir cette poésie à la fois tragique et romantique, mais surtout sublime dans son approche.

DUWbG0RVAAAmM3AEliza Esposito travaille comme agent d’entretien au cœur d’un centre de recherches du gouvernement, à Baltimore. Eliza est muette – pas sourde – et n’a de compagnie que sa collègue, Zelda, une afro-américaine, et son voisin, Giles, un homme plus âgé qui a du mal à trouver sa place en tant qu’ homosexuel.
Eliza rencontre la même difficulté d’intégration, de par sa timidité et cette différence qui la caractérise. Elle se sent bien seule, comme si un maillon essentiel de sa vie lui manquait.
Nous sommes au début des années 60, en pleine guerre froide entre les USA et l’URSS. L’enjeu : la conquête de l’espace !
Une nuit, alors que Eliza et Zelda s’affairent au nettoyage du labo, arrive un groupe d’hommes traînant avec eux un cylindre. Dans ce dernier se trouve une merveille pour les uns, une abomination pour les autres : un homme-amphibien !
Eliza est à la fois intriguée et fascinée par ce nouvel arrivant qui endure les pires tortures que lui inflige Richard Strickland, le nouveau chef de la sécurité.
Peu à peu, une relation entre l’ouvrière et le « monstre » va naître. Si bien que Eliza, toutes les nuits, va lui rendre visite, lui apportant nourriture et musique, créant ainsi un véritable lien affectif.
Mais les considérations de Strickland envers l’amphibien sont de plus en plus insidieuses. Il a été décidé en haut lieux d’éliminer la créature !
C’est alors que Eliza élabore un plan d’évasion à celui qui, désormais, comble son vide. Et ainsi, pouvoir lui rendre la liberté le moment venu.
C’est sans compter sur le chef de la sécurité, dont la détermination est plus forte que jamais : il veut tuer cette « bête » !
Avec l’aide de Zelda et Giles, Eliza fera preuve d’un ineffable courage pour sauver de la mort celui qu’elle aimera à tout jamais.

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Guillermo Del Toro est un excellent conteur, et un « faiseur d’images » au talent qui n’est plus à prouver.
Dans « La Forme de l’Eau » il laisse s’échapper une sensibilité qui lui va finalement très bien. Pour cela, il va créer tout un univers aux atmosphères envoûtantes et oniriques, que l’on doit également à la photographie très cinégénique de Dan Laustsen. Une lumière et une palette de couleurs qui ne sont pas sans rappeler le travail de Jean-Pierre Jeunet, n’en déplaise aux « rageurs » défenseurs de la filmographie du français.
Del Toro de son côté va balader sa caméra, avec une grande délicatesse sans jamais se permettre la moindre frénésie outrancière, préservant au mieux cette constance qui lui permet de livrer la banalité du quotidien de son héroïne.
Accablée par la routine, elle se livre au même rituel, à chaque réveil : de la préparation du petit-déjeuner en passant par sa séance de masturbation, pour ensuite rendre visite au voisin avant d’attraper le bus qui la conduit inlassablement au travail.
Le réalisateur nous montre la vie, ni plus ni moins, jusqu’à cet instant où tout bascule, et dont il saisit chaque seconde avec une précision hors du commun, transformant ces petits moments en une parnasse frémissante, se conjuguant aux musiques qui vous filent la chair de poule. Très belle séquence où résonne « La Javanaise » de Serge Gainsbourg, ici interprétée par Madeleine Peyroux. Purement magistral !
Certes le scénario, dans le fond, n’offre rien de bien original. C’est un peu vite dit cependant, et c’est oublier la présence de l’homme-amphibien qui sur bien des aspects transpose la sempiternelle classique histoire d’amour, pour l’emmener dans un univers qui la rend plus intense, plus fragile aussi, mais où l’impossible peut devenir une réalité. En ce sens la prestation de Doug Jones, qui enfile l’habit de la créature, est à saluer tant son jeu est bluffant. Une créature qui en rappel une autre, celle de Jack Arnold dans « The Creature of the Black Lagoon ». Un bel hommage à cette grande époque des « Monstres de la Universal » !
L’actrice britannique Sally Hawkins mérite elle aussi un tonnerre d’applaudissements pour son jeu. Muette tout au long du métrage, jouant sans ambages l’exhibition de son intimité en laissant s’exprimer ses passions inavouables, Sally Hawkins crève l’écran et nous régale de cette confrontation intense avec Doug Jones.
Guillermo Del Toro, ne jouant décidément pas sur les clichés, va jusqu’à offrir à son antagoniste une humanité bien sincère. Là aussi une belle interprétation de la part de Michael Shannon, qui arrivera à nous procurer de l’émotion lors d’une séquence où il est bafoué par sa hiérarchie.

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Il n’y a vraiment rien à jeter dans « The Shape of Water », en VO, et même si quelques scories parsèment le récit, ils sont vite relégués aux oubliettes par la venue d’autres événements si forts dans leur approche qu’il nous est impossible de ne pas se laisser prendre dans les filets de cette trame amoureuse, laquelle livrera ses plus beaux atouts pendant deux heures, et ce jusque dans un final tour à tour magistral et intelligent.
« La Forme de l’Eau » est peut-être bien le film dans lequel Guillermo Del Toro se livre le plus, artistiquement parlant, ce film surplombant de loin le déjà très beau « Crimson Peak ».
Une réussite sur tous les plans et il serait dommage de se priver d’un film aussi abouti, tant sur le plan scénaristique que esthétique.
Gageons que son réalisateur puisse encore nous livrer pareille merveille, mais sincèrement, qui peut encore en douter ?

C. Valentin

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