SUMMER OF ’84

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Le Canada n’est pas seulement le pays des bûcherons et des chasseurs de Caribous. En plus c’est super cliché, un peu comme de croire que le belge est un mangeur invétéré de frites, et le français un consommateur immodéré de beaujolais.
Arrêtons les stéréotypes au risque de toucher au plus près les frontières de « l’Absurdie » !
Au Canada il y a surtout un collectif de cinéastes : le RKSS (Radio Kill Super Star).
De vrais passionnés qui ont à cœur de rendre hommage au cinéma de genre, un cinéma qu’ils affectionnent tout particulièrement, et ça, ce n’est pas une idée reçue.

MV5BMTJhMmQyZDAtZTg3Mi00NzQwLWJkZWEtNzE5MTZhMzIyYTM2XkEyXkFqcGdeQXVyMzQwMTY2Nzk@._V1_Été 1984, Freepoint, état de l’Oregon.
Un quartier résidentiel tranquille, se terminant en impasse.
Terrain de jeu de quatre gamins qui tous les soirs s’épanouissent dans un jeu qu’ils ont intitulé : « La Chasse à l’Homme ».
En journée, Davey livre les journaux sur sa bicyclette, tandis que Tommy, Dale et Curtis sont à l’affût du moindre zine arborant une paire de nichons en couverture.
Comme tous les ados de quinze ans ils sont obnubilés par les charmes de ces demoiselles.
La quiétude de leur insouciante jeunesse va être soudainement mise à mal le jour où, par le biais des médias, ils apprennent qu’un tueur en série opère non loin d’eux. Ce même tueur vient d’informer la police qu’il est l’auteur de plusieurs enlèvements de jeunes garçons, qu’il assassine ensuite.
Á l’écoute de cette information, le sang de Davey ne fait qu’un tour et son cerveau se met en ébullition. Il sait précisément qui est le tueur… ou du moins pense le savoir !
Son voisin, Wayne Mackey, c’est de lui dont on parle aux infos.
Mais qui pourrait suspecter cet homme aimé de tout le monde ? Policier de surcroît.
Qui pourrait voir en lui l’image du tueur psychopathe ? Lui qui soigne avec amour son jardin.
Davey, lui, n’en démord pas et est convaincu du rôle que Mackey joue dans les disparitions.
Il convainc alors ses potes de l’aider à récolter un maximum de preuves pour faire inculper Wayne.
Ensemble ils vont s’aventurer dans d’étranges équipées nocturnes, suivant les pérégrinations tardives de leur suspect, espionnant les moindres recoins de sa vie en pénétrant les alentours de sa maison, certains que l’homme enterre ses victimes sous les plantations de pétunias et autres tulipes.
Malheureusement, les résultats ne sont pas fructueux.
Les maigres soupçons portés à l’encontre du voisin ne permettent pas d’établir sa culpabilité, pas plus le fait que ce dernier achète des tonnes de terreaux et autres produits chimiques. C’est curieux, surtout pour Davey, mais moins pour Tommy, Dale et Curtis.
Eux, c’est le ras-le-bol qui les gagne. Ils préfèrent mater le belle Nikki, voisine de Davey.
La seule qui continue à avoir foi en son petit voisin, dont elle semble éprise… peut-être bien le point le plus curieux de cette histoire.
Abandonné par ses amis, tout aurait pu s’arrêter là et les jeunes gens de reprendre alors leurs jeux innocents.
C’était sans compter sur une brique de lait.
Un « Missing » arbore une photo, celle d’un jeune garçon que Davey a vu, aussi clairement qu’il voit ses acolytes.
Le disparu était attablé chez Wayne !
L’enquête peut reprendre, et de plus belle, car très vite les petits enquêteurs vont retrouver le t-shirt, maculé de sang, du garçon recherché. Dans la remise de Mackey, là, impunément jeté aux ordures.
L’affaire prend une tournure dangereuse, et Davey compte bien en toucher un mot à ses parents.
Difficile de leur faire avaler la couleuvre. Il leur est impossible de concevoir cette réalité dans laquelle Wayne, leur ami, revêt l’habit du monstre.
Mais alors,… si ce n’est pas lui, qui pourrait être le véritable meurtrier ?
Davey s’est-il trompé, victime d’une imagination trop débordante ?
L’adolescent en est pourtant sûre… son voisin est un serial killer !
Bientôt son opiniâtreté va éveiller la crainte chez le tueur qui ne compte pas se laisser démasquer aussi facilement.
Pour les détectives en herbe la ruse et la prudence seront de mises. Mais cela suffira t-il ?

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Une chose est certaine, au sein du collectif RKSS on aime les années 80.
Et la décennie folle est une fois de plus à l’honneur dans ce nouveau film.
Une nouvelle fois, car le collectif rendit déjà un bel hommage à cette époque avec le très déjanté « Turbo Kid » qui mettait en avant un monde post-apocalyptique, dans le genre d’un « Mad Max », mais en VTT.
On peut d’ailleurs y admirer le talent de Michael Ironside, et rien que pour cette présence le film vaut le détour.
Pas étonnant donc que les scénaristes de « Summer of 84 », Matt Leslie et Stephen James Smith, fassent appel aux trois réalisateurs du collectif – dont vous connaissez maintenant les initiales – pour mettre en chantier ce beau projet. François Simard, Anouk et Yoann-Karl Whissell vont à nouveau relever le défi !
Le métrage est assurément destiné à plaire auprès d’un public déjà enthousiasmé par « Stranger Things » et qui aime à se plonger avec nostalgie dans les souvenirs de sa jeunesse.
Le film est en effet bourré de références 80’s, la plus évidente est sans conteste le clin d’œil fait aux « Goonies ». Les quatre camas sont autant intrépides et attachés à leur environnement que leurs homologues.
Homologue ? Vraiment ? Enfin non, pas tout à fait. Nos protagonistes de 1984 en 2018 (ça va vous suivez ?) sont un peu moins attachants que les héros de 1985, toujours aussi efficaces en 2018 (non vraiment, ça va ?).
Mais qu’à cela ne tienne, on ne va pas s’éterniser chez Richard Donner, car voici que Joe Dante pointe son nez. Freepoint et sa rue en impasse n’est pas sans nous rappeler le génial « The Burbs » et sa célèbre Mayfield Place.
Et Cætera, Et Cætera… on pourrait ainsi continuer longtemps sur les références aux films cultes des années 80, mais pas que. Les clins d’yeux (pardonnez l’hérésie orthographique) sont également à trouver dans l’aspect social, la vie au quotidien chez les jeunes, leur esprit amicale et leur jeux inventifs – bien plus facile à une époque qui n’était pas hyper-connectée – et plus simplement par l’atmosphère qui s’en dégage et qui ravivera quelques merveilleux souvenirs.
Cette légèreté de ton est présente dés les premières minutes de « Summer of 84 », au point de se demander si, au final, il ne s’agirait plutôt pas d’un long métrage destiné à être vu en famille, mêlant le mystère gentillet et l’humour décapant.
Tout du long, la péloche garde cette ligne conductrice, s’éloignant très peu du chemin qu’elle a volontairement empruntée. Sous cette couche parfumée à la guimauve, les scénaristes ont toutefois consentis à nous livrer davantage d’indications sur la bande de jouvenceaux.
On en découvre ainsi un peu plus sur leur personnalité, et déjà on sent poindre un certain malaise tant on s’éloigne de l’image innocente qu’on s’en est fait.
On passe la seconde, et on appuie doucettement sur le champignon. C’est le moment de faire monter la tension, lentement c’est vrai mais pour en apprécier comme il se doit la subtilité, il ne faudra pas s’attarder sur un sentiment possible de déception.
Ne dit-on pas que la patience est une vertu ? La preuve vous sera servie sur un plateau d’argent, puisque les réalisateurs, qui n’utilisent les vues nocturnes qu’avec parcimonie (tout de même bien éclairées lorsque c’est le cas), vont s’engager dans un revirement de situations qui plongera le récit dans les ténèbres.
Le décors change littéralement, et ce qui s’apparentait encore à quelque chose de rassurant, prend de suite un aspect plus terrifiant.
Le rythme s’accélère, le découpage devient plus nerveux et tout peut arriver. Cette tant attendue tension devient de plus en plus palpable et soudain… d’un seul coup, asséné avec brutalité, la légèreté régnante est brisée.
Nous voici aspirer dans la férocité d’un thriller glauque et oppressant, où rien ne peut venir nous rasséréner.
C’est intelligemment bien pensé, la surprise est à la hauteur des attentes et le choc est si intense qu’on aura bien du mal à s’en remettre.

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« Summer of 84 » est viscéral à souhait, loin d’être famélique il révélera à contrario une force insoupçonnée, rendue possible par la seule combinaison gagnante : une écriture sans faille et une réalisation exemplaire.
Si tout est fait pour replonger dans les années 80, jusque dans le visuel des affiches, le film ne se veut pas communautariste et s’adresse à un large public.
Il peut être approché par les moins de trente ans, qui auront certes un peu plus de mal à saisir les nombreuses références, mais qui s’y retrouveront aisément et pourront ainsi appréhender le long sans inquiétude.
Le spectateur n’aura aucun mal à reconnaître quelques visages connus qui sont au casting, dont celui de Caleb Emery (Chair de Poule) à la stature impressionnante. Loin de jouer les brutes du lycée, il est véritablement le plus touchant de la distribution.
Et pour ceux qui suivent la désormais série du moment, « Good Doctor » vous n’aurez pas de mal à reconnaître Graham Verchere (le jeune Shaun) qui tient le haut de l’affiche et est incroyablement bluffant dans son interprétation.
Pour compléter le tableau, Judah Lewis, qui nous a bien fait poiler dans « The Babysitter » donne la réplique à Cory Gruter-Andrew, un peu moins connu, mais tout aussi talentueux.
Il faut l’avouer, le RKSS était bien décidé à nous pondre un vrai bon truc dans lequel les gosses ne sont pas juste une usine à gags éculés, mais ont bien un vrai rôle à tenir, avec cette consistance nécessaire qui vient admirablement servir le récit.
Comme dans « Stand by Me » ou « The Gate », à des degrés divers, Davey et sa bande sont ici les vrais héros de l’histoire, occultant les adultes qui se retrouvent en second plan.
Sauf peut-être Rich Sommer, le présumé coupable, qui réserve quelques surprises qui valent vraiment le détour.

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Oui ! Ils sont formidables les petits gars – et la petite gatte – du collectif Radio Kill Super Star tant ils parviennent une nouvelle fois à nous surprendre avec un métrage de qualité et à la réalisation parfaitement maîtrisée ; tout est pensé, sans pour autant tomber dans le millimétrique.
Des fans de la première heure qui en ont encore, on l’espère, sous le coude et dont on attendra, non sans une certaine impatience, de voir ce qu’ils nous réservent à l’avenir.
Pour conclure, on embarque tous dans la machine à remonter le temps, direction Freepoint, Oregon, pour un été sanglant à souhait : Back to the 80’s !

Cédric Valentin

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