MARY REILLY

Julia Roberts as Mary Reilly 03.jpg

Nombre de cinéphiles – et même de cinéphages – ont le souvenir de films les ayant tout particulièrement marqués.
Bien souvent vu il y a un paquet d’année, le souvenir s’en est sûrement trouvé estompé et contrairement à ces blockbusters qu’on revoit religieusement tous les ans, ces quelques films intimistes tombent dans l’oubli.
Jusqu’au jour où, sans trop savoir pourquoi, surgit une réminiscence enfouie et l’on se dit qu’on aurait bien envie de se remater quelques pelloches, espérant secrètement y trouver le même plaisir que jadis.
C’est le cas avec « Mary Reilly », petit film teinté de mélo-drame et de fantastique qui, vingt-deux ans après sa sortie, s’avère toujours être un véritable chef-d’œuvre !

75299_20130730113922543Londres, 19ème siècle. Un épais brouillard recouvre la ville et ses ruelles sinueuses.
C’est dans ce décors que l’on découvre Mary Reilly, une domestique plutôt discrète et qui officie dans une demeure bien cossue.
Elle est au service du Dr. Henry Jekyll, un homme sombre mais qui s’avère être aussi un bon employeur.
Mary lui voue une grande admiration, elle le trouve fascinant et c’est d’ailleurs réciproque de la part de son maître qui s’attache farouchement à son employée.
Henry Jekyll, homme mystérieux, est accaparé par ses recherches. Ainsi s’enferme t-il dans son laboratoire jusqu’au jour où il fait une incroyable découverte.
Le soir même il annonce aux domestiques que l’ampleur de ses travaux va nécessiter l’intervention d’un assistant : Mr. Hyde !
Celui-ci pourra à sa guise prendre possession des lieux, attisant par là même la curiosité du personnel de maison.
Mary, elle, va jouer un rôle essentiel dans cette collaboration. Le Dr. Jekyll lui confie diverses missions, dont la principale est de se rendre chez une certaine Mme Farraday, tenancière d’une maison de joie dans un faubourg de la capitale anglaise.
La domestique doit lui remettre une lettre afin que Mr. Hyde puisse bénéficier d’une chambre en location.
Hyde : assistant toujours plus énigmatique. On l’aperçoit de temps en temps au travers de la verrière du laboratoire, telle une ombre fantomatique, déambulant dans la pénombre.
Les événements vont rapidement prendre une mauvaise tournure. Alors que le Dr. Jekyll envoi à nouveau Mary chez Mme Farraday (Glenn Close), la jeune femme y découvrira la chambre de l’assistant, sans dessus dessous, les draps de lit maculés de sang. Un carnage, sans autre mot, impliquant son locataire.
Dans la foulée de cette découverte, Mary fait enfin la connaissance de Hyde, dans des conditions très particulières.
Cet homme est tout le contraire de Jekyll : rageur, impulsif,… violent !
Lui aussi, pourtant, se laissera envahir par une fascination envers Mary, suscitant une nouvelle fois les émotions comme ce fût le cas chez le bon docteur.
Hyde, Jekyll ! Jekyll et Hyde !
S’agirait-il de la même personne… aucun risque de vous dévoiler l’intrigue puisque vous le savez déjà. Si ce n’est pas le cas, il vous faudra réviser vos classiques.
Mais Mary, elle, ne le sait pas encore et se met à douter.
D’autres meurtres ont lieux, impliquant à chaque fois Hyde, dont les victimes sont systématiquement des proches du Dr. Jekyll.
Peu à peu Mary découvrira l’effroyable vérité, témoin impuissante de la destruction inévitable de son maître et de son assistant !

mary_reilly1

« L’Étrange cas du Docteur Jekyll et de M. Hyde », roman éponyme de Robert Louis Stevenson paru en 1886, connu bien des adaptations pour le cinéma.
Il faut l’avouer, cette histoire fantastique et fantasmagorique s’est imposée comme une œuvre majeure de la littérature, il était donc normal que le 7ème art s’en empare pour le transposer sur la toile, au travers de productions souvent très respectueuses, d’autres qui relevèrent de l’allégorie, tandis que quelques-unes s’aventurèrent sur le terrain de la comédie et de la parodie.
On peut ainsi citer, pêle-mêle, « Dr. Jekyll and Mr Hyde », film muet datant de 1920, de John Robertson avec le grand John Barrymore, et la version parlante en 1932, portant le même titre et signé cette fois Rouben Mamoulian, avec Fredric March dans le rôle titre. Á mon sens, l’une des plus belles adaptation, servie par un noir et blanc d’une grande élégance.
On passe un peu les époques et déjà on se rend compte que le cinéma ne peut pas en rester au simple transfert du roman à l’écran.
Il lui faut aller beaucoup plus loin, c’est ainsi que débarque en 1951 « The Son of Dr Jekyll », de Seymour Friedman.
Une ère nouvelle s’ouvre pour le roman de Stevenson, avec ces « méfaits » – mais bien acceptables tout de même car de bonnes factures – qui se poursuivront quelques années plus tard, en 1953, avec « Deux Nigaud contre le Dr. Jekyll et Mr. Hyde » dans lequel le célèbre duo de comiques Abbott et Costello s’en donnent à coeur joie dans des péripéties dont eux seuls avaient le secret.
On pourrait ainsi continuer longtemps, poursuivant la liste avec le terrible « Dr Jerry et Mr Love » dans lequel Jerry Lewis s’avère, comme à son habitude, parfait dans la maîtrise du gag. On peut aussi rendre une petite visite à Roy Ward Baker et le très bon « Dr Jekyll et Sister Hyde ».
Il fallait évidemment qu’un jour l’un des deux arborent les traits féminins, et en 1971 ce sera sous les traits de la belle Martine Beswick.
Le pire arrive en 1995 avec le pathétique « Dr Jekyll et Ms Hyde », de David Price dans lequel Tim Daly se transforme en Sean Young.
Par ailleurs, on avait pas fait mieux avant lui, détruisant à souhait la richesse intellectuelle de l’œuvre de Stevenson dans des métrages bien malmenés.
En 1996 arrive pourtant « Mary Reilly ». L’occasion de découvrir un très beau casting puisque John Malkovich et Julia Roberts partagent l’affiche.
Occasion aussi d’y voir inscrit le nom de Stephen Frears, pas le genre de bonhomme à avoir fait ses armes dans le fantastique.
Il était donc tout à fait légitime de craindre le pire, d’autant que l’accroche n’était pas là pour nous rassurer davantage : « L’incroyable histoire du Dr. Jekyll et de Mr. Hyde ».
Mais alors… pourquoi titrer ce film « Mary Reilly » alors ?
En y regardant de plus près, on pouvait y lire une autre indication : « D’après l’œuvre de Valerie Martin ».
Diantre ! Mais que vient faire l’écrivaine américaine dans ce classique littéraire de l’anglais Stevenson ?
La réponse est finalement toute simple. Il ne s’agit pas d’une énième adaptation, mais bien d’une revisite du mythe.
Valerie Martin s’est imaginé mettre le lecteur, et le spectateur pour le long, au même niveau de doutes et d’interrogations que la petite domestique prénommée Mary.
Résultat des courses : c’est diablement efficace !

maxresdefault

Stephen Frears, en adaptant le roman de Valerie Martin sur grand écran, en a saisi toute la subtilité de langage, lui permettant ainsi de livrer un métrage parfaitement maîtrisé.
Le réalisateur va ainsi mettre en exergue cette dualité entre Jekyll et Hyde, merveilleusement interprété par John Malkovich.
Une lutte acharnée, violente et sanguinaire, dont le seul témoin de cette destruction est Mary. Superbe interprétation de Julia Roberts, toujours aussi convaincante et dont la maîtrise du personnage atteint une perfection que l’actrice égalera quelques années plus tard en campant Erin Brockovich.
Mary n’est pas seulement le témoin de la mésaventure de son maître, mais aussi d’une époque où il était important de savoir rester à sa place, afin de ne pas ébranler les inégalités sociales. On la découvre obéissante, presque heureuse de sa condition, malgré un passé douloureux aux côtés d’un père alcoolique, alors qu’elle n’était encore qu’une enfant. Un clin d’oeil assumé à Dickens que Frears a judicieusement souligné pour encore mieux définir la personnalité de la protagoniste.
Car « Mary Reilly » n’est pas seulement un film fantastique, c’est aussi un drame social. Deux genres qui se marient bien dés l’instant où l’équilibre est maintenu, et en cela, le réalisateur y parvient aisément.
Il y dépeint une atmosphère sinistre, ce qui colle à merveille avec le sujet et rend le long aussi captivant que surprenant.
C’est de toute beauté et cela permet de masquer quelques erreurs de style – bien qu’elles ne sont pas en nombre – et révèle une rare intensité qui atteindra son paroxysme dans un final époustouflant.

478949.jpg

Pour bien l’apprécier, « Mary Reilly » doit rester quelques temps rangé dans votre vidéothèque. Le temps de laisser s’estomper le choc ressenti pendant le visionnage, car c’est indéniable, le générique passé le film conserve son empreinte dans notre mémoire et on le vit encore intensément, même après plusieurs jours.
Ainsi, au moment venu, vous pourrez le ressortir pour en prendre une nouvelle fois plein la vue, tressaillant encore – et peut-être même plus – face à la force qui se dégage du film signé par Stephen Frears.
Un très grand moment de cinéma !

Cédric Valentin

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s