THE HAUNTING OF HILL HOUSE

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Who you gonna call ? En tout cas pas nos quatre casseurs de fantômes préférés, dont l’efficacité ne servirait ici à rien. Exit les pièges les plus inventifs concoctés par le professeur Spengler, ils ne pourront rien contre Hill House.
C’est que la bâtisse n’est pas une maison hantée comme les autres, rien à voir avec la célèbre attraction d’un parc à thème. Á côté de la maison du Massachusetts, celle de Enfield est une partie de plaisir.
Enfin bref, vous l’aurez compris, Hill House et ses fantômes sont bien plus vicelards… enfin quoique… S’il y a bien un mystère là-dessous, il faut peut-être chercher à savoir quel rôle joue vraiment la maison.
Bon alors… C’est qui qu’on appelle ?

Hill-House-Poster-BrainwavesAu moment où l’on se pose la question, la sonnerie du téléphone des Crain, frères et sœurs, résonne respectivement.
Au bout du fil, leur jeune sœur apeurée tente de les joindre, mais n’y parvient pas pour des raisons diverses et variées.
Elle parvient seulement à joindre son daron qui comprend que quelque chose est en train de se passer. Mais c’est déjà trop tard : sa fille est en face d’une vieille demeure, tapie dans l’obscurité. Hill House reprend du service !
Les Crain, une famille américaine banale, comme il en existe tant. Ils furent les locataires de cette maison au début des années 90. Le père, Hugh, est entrepreneur et la mère, Olivia, architecte. Ils ont comme projet de rénover de vieilles demeures pour ensuite les revendre, et Hill House est le projet de toute une vie, il doit permettre à la famille de s’assurer un avenir confortable grâce à l’argent que rapportera la vente lorsque les travaux seront terminés. Ils pourront enfin construire la maison de leur rêve, retrouver une stabilité pour eux et leur cinq enfants : Steven, Shirley, Théodora, Nelle et Luke.
Deux mois d’été suffiront à rendre une seconde jeunesse à cette vieille fille.
Faut-il encore que Hill House accepte de se faire « charcuter », c’est que la dame n’apprécie pas spécialement l’option lifting.
Lorsque le paternel croit enfin être débarrassé d’un problème, un autre survient. Le pire étant certainement cette humidité qui s’installe, laissant apparaître les premières traces de moisissures sur les murs. Les vaines tentatives de Hugh pour enrayer le processus ne suffisent pas, le mal se propage.
Pour les enfants aussi la vie à Hill House n’est pas facile. Ils sont les témoins de phénomènes étranges ; au gré d’un couloir, dans le reflet d’un miroir ou d’une ombre sur un mur, se dessine quelques formes qui semblent évoquer une présence.
C’est Olivia qui s’en trouvera la plus affectée, et cela débute par des migraines qui finissent pas devenir chroniques et avec elles viennent les premiers cauchemars. Á moins que ce ne soit la réalité ? Olivia ne parvient plus à dissocier le réel de l’irréel et sombre lentement vers une folie qu’elle ne peut contrôler, ni même enrayer.
La bicoque est toujours plus mystérieuse, jusqu’à cette porte rouge, toujours verrouillée et qui paraît receler de quelques secrets. Elle se dévoilera lors de cette dernière nuit où, dans une panique générale, Hugh fera quitter la maison à ses enfants pour les conduire dans un motel. Il leur apprend alors que leur mère n’est plus tout à fait elle-même, mais se garde bien de révéler l’effroyable vérité.
Devenus adultes, les cinq mômes vivent toujours avec la hantise de cette nuit là.
Pour exorciser leurs démons, chacun à sa thérapie : Steven à choisi l’écriture, il est l’auteur reconnu d’un ouvrage traitant de son expérience à Hill House. Entre autre, il est devenu un spécialiste du paranormal, sans vraiment trop y croire, coincé dans un esprit trop cartésien.
Shirley dirige un salon funéraire et, dans son domaine, elle fait un travail formidable dans ce qui est de maquiller les défunts. Un endroit froid et glacial, tout comme sa propriétaire.
Théodora est plus effrontée, plus directe. Elle est devenue psychologue et sa témérité est plus un atout qu’une faiblesse.
Luke est celui qui a pris les plus mauvais chemins. C’est un junkie qui ne trouve du réconfort que dans l’héroïne. Une façon de fuir quoi ? Ou qui ?
Nelle, la jumelle de Luke, est tout le contraire, épanouie et heureuse. Mais lorsque son mauvais rêve de petite fille refait surface, elle devient alors l’ombre d’elle-même.
Frères et sœurs sont appelés à se revoir en des circonstances douloureuses, car Nelle s’est suicidée.
De cette réunion il en résulte quelques règlements de compte, des prises de bec, des mises au point. De la haine à l’amour, du doute à la compréhension, rien ne les épargne. Au cœur de leur existence subsiste Hill House, un amas de briques et de blocs, de bois et de verres, mais qui exerce encore sur eux une telle emprise qu’elle vient réveiller les vieux démons du passé.
Est-ce que tout ceci est réel ? Et s’il était en fait question d’une maladie mentale qui, inexorablement, viendrait s’abattre sur la fratrie ?
Mais peut-être que, finalement, ce n’est rien de tout cela !

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« The Haunting of Hill House » est donc une nouvelle série produite par Netflix, le géant américain de la VOD, et disponible sur sa plate-forme depuis le 12 octobre 2018.
Une première saison qui compte dix épisodes, et les premières constatations sont sans appels ; il y a de multiples clins d’œil à « The Haunting », le film de Robert Wise.
En fait, rien d’étonnant à cela puisque le film de 1963 est une adaptation du livre de Shirley Jackson : The Haunting of Hill House !
Le film original va connaître un premier remake en 1999 avec « Hantise ». Assez pitoyable il faut bien le dire, inutile donc de s’y attarder, la version des sixties étant un véritable chef-d’œuvre, elle seule devrait compter puisque l’adaptation du roman sur la toile est plutôt fidèle au roman de l’américaine.
Netflix, pour cette production Amblin/Paramount, va engager le très talentueux Mike Flanagan, déjà connu avec quelques titres que vous connaissez sûrement.
« Oculus, Hush, Before I Wake,… » tous signés par le même homme, maître incontesté du macabre.
Dans ce « Haunting… » le réalisateur va se permettre d’approcher l’œuvre de Shirley Jackson en prenant pas mal de libertés, sans pour autant s’essayer à un ultime remake du film de Robert Wise, préférant lui rendre hommage par quelques allusions, entre-autre la maison.
Liberté avec l’œuvre originale de l’écrivaine ne signifie pas pour autant perdre l’esprit qu’elle a insufflée à son roman. En cela, Mike Flanagan le respecte en l’approchant d’une autre manière.
Bien que le scénario s’attache à nous raconter l’histoire d’une fratrie, l’aspect horrifique, lui, est maîtrisé comme il se doit et pas seulement présent pour faire peur ou pour faire sursauter. Le réal’ préférant que l’horreur apporte quelque chose à l’histoire, en tant que maillon essentiel du vécu de ses personnage.
Pour ce faire, il va bâtir son récit sur deux lignes de temps : notre présent et le passé de la famille Crain à Hill House.
Chaque épisode va nous présenter un membre de la famille, nous livrant son point de vue d’adulte sur les événements, et comment il les a perçu en étant un enfant.
Une approche intelligente qui permet alors d’aborder quelques thèmes centraux de la série qui tâtonnent du côté du drame familial, pour ensuite laisser s’immiscer un brin de romantisme, très poétique par ailleurs.
Ainsi il nous est donné à loisir quelques émotions fortes, de quoi ressentir de l’empathie pour la famille dont on découvre à chaque fois un peu plus de leur trait de caractère. Cela renforce davantage l’intensité dramatique qui s’avère toujours plus en phase avec l’évolution de la fratrie dans notre époque.
Cette façon de faire, Mike Flanagan la maîtrise, ne laissant jamais rien au hasard pour, lorsque il le faudra, faire s’imbriquer toutes ses émotions. Il ne fausse jamais la donne, conservant un style narratif sobre et épuré, mais surtout redoutablement efficace !
D’ailleurs, le réalisateur ne commettra jamais l’erreur d’utiliser les jumpscares – grand merci Mike – afin de conserver la vraie nature ténébreuse de la dite narration, mais aussi de garantir le frisson « naturel » que la maison et ses fantômes procurent.

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C’est bien plus qu’une évidence ; la maison hantée est sublimée par mister Flanagan qui lui apporte ces petites touches gothiques et baroques, qui dessine ces longs couloirs sombres, qui place ce grand escalier central, qui taille dans le bois brut ces lourdes portes, et qui vient parachever le tout avec les fenêtres à croisillons qui jalousent les grands baies vitrées.
Un superbe paradoxe ces vitres qui laissent entrer la pleine lumière d’été, comme pour rassurer ses occupants, mais qui une fois la nuit tombée laisse s’insinuer les ténèbres.
La maison s’apparente à un monstre dévorant ses proies, se nourrissant des peurs et des peines, de toutes ces petites caractéristiques qui font de nous des êtres vulnérables.
Pour donner encore plus de corps à « The Haunting… », le réal’ – aussi scénariste aux côtés de Elizabeth Ann Phang – utilise à bon escient les vues nocturnes, n’hésitant pas à couper tous les éclairages pour ne laisser entrer que la faible lumière lunaire. Les éclairages dans Hill House, il va les tamiser pour que se dégage au maximum cette sensation d’écrasement que la maison fait ressentir à ses occupants. Les scènes de jours, à l’instar de la nuit, jaillissent dans une lumière rassurante.
C’est l’ensemble combiné de ces contrastes qui fait l’originalité de la série et l’empêche dés lors de sombrer dans les stéréotypes les plus élémentaires. Il y a donc de la singularité dans cette production Netflix, et ça fait vachement du bien puisque nous pouvons l’admirer comme une renaissance de l’horreur, dépouillé de toute épouvante galvaudée afin de souligner au mieux ses nobles contours.

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En apothéose, Flanagan nous sert un final subjuguant, d’une rare beauté et d’une intensité si profonde qu’il vous faudra reprendre votre souffle, tant cela dégage une émotion sans pareille.
La conclusion s’impose presque instantanément : une seule saison, c’est parfait !
Puisqu’il y a une vraie fin à la série, il faudrait être fou pour tenter de réitérer le coup de génie de Mike Flanagan. C’est impossible, et cela risquerait de détruire les fondations d’une solide construction.
Alors… who you gonna call ? Rendez-vous à Hill House, dans le Massachusetts, et peut-être trouverez-vous une réponse à cette question.

Cédric Valentin

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