SABRINA

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Ne vous y trompez pas ! Le joli prénom de Sabrina n’est pas à associer à la petite apprentie sorcière – dont Netflix vient de relancer la série – et encore moins au film de Sydney Pollack (ou Billy Wilder) dans lequel Julia Ormond (ou Audrey Hepburn) jouait les amoureuses éperdues.
Que nenni mon bon sire ! Ici, vous allez voyager dans l’antre pernicieuse du surnaturel, et c’est tout de même moins gentillet et plus vicieux !

MV5BM2EzNzhjNzgtNjc5MC00MWZmLWE3MTMtZjc2YTk0ZWIxYTJjXkEyXkFqcGdeQXVyNTg2MDI2Njc@._V1_Maira et Aiden, jeune couple fraîchement marié, habitent une jolie maison dans laquelle cohabite Vanya, la nièce de Aiden, dont les parents sont morts lors de circonstances tragiques.
Aiden est fabriquant de jouets, et il vient de faire une belle acquisition : l’achat de la licence de fabrication d’une poupée prénommée Sabrina !
Comme il est très amoureux, il offre à sa charmante épouse un modèle unique de la poupée, afin que celle-ci puisse toujours garder le souvenir de sa fille, décédée elle aussi. La fille de Maira aimait beaucoup la première version de Sabrina, et vu que Vanya se sent triste de ne plus avoir sa maman auprès d’elle, Maira décide de lui offrir la Sabrina 2.0.
La petite fille est ravie, et on se demande comment elle peut l’être, tant la laideur du pantin lui confère une répugnance jamais vue. Qui plus est, même en plein jour elle te file la chair de poule.
Si la gamine (qui doit être bigleuse c’est pas possible) semble un temps se satisfaire de son nouveau jouet, la peine qu’elle ressent est encore bien profonde.
Un jour d’école, pendant la récréation, un camarde de classe joue à un jeu appelé « Charlie – Charlie ». Cela consiste en une sorte de « Ouija », puisqu’il permet de communiquer avec un défunt, en invoquant le fameux « Charlie ». Plus encore, il est même possible de voir une entité, pourvu que l’on dispose d’une tablette « Ipad » dernier cri et d’un abonnement payant à « Google Play », puisqu’une application est capable de détecter la moindre présence fantomatique. On arrête pas le progrès, c’est dingue !
Plus dingue encore, c’est que cela marche. La mère de Vanya lui apparaît, vêtue de blanc immaculé mais tout de même avec un air pas très catholique.
La défunte mère revenue dans le monde des vivants, jure à sa progéniture que plus jamais elle ne la quittera.
Aiden et Maira voient ainsi défiler leur nièce, s’adressant à une présence qu’ils ne peuvent pas voir.
Constatant que la gamine est en train de tourner foldingue, le couple décide de l’emmener en vacances, sur une île paradisiaque. Le dépaysement paraît redonner le sourire à l’enfant, mais cela ne l’empêche pas de continuer à discuter des heures avec sa maman, Andini de son petit nom.
Dés lors, son oncle et sa tante sont convaincus qu’une fois de retour ils vont devoir engloutir un max de thunes dans l’achat de boîtes de Prozac. Qu’ils se rassurent, leur nièce n’est pas dingo. Á leur tour ils se frotteront à l’entité démoniaque qui va s’en prendre à eux.
Et on ne parle pas d’une petite prise de bec. C’est que la défunte est possédée par un démon bien vicelard qui va se servir de la poupée Sabrina comme vecteur pour pénétrer notre monde.
Avec le trouillomètre sous zéro, nos deux tourtereaux qui échappent vaille que vaille au malin, auront vite fait d’embarquer la nièce pour un retour en express au pays.
Ils vont alors prendre contact avec deux médiums : Laras, sorte de bimbos qu’on préfère voir poser pour une collection de bikinis, et son mari Raynard.
Petite info : Laras et Maira se connaissent déjà. Comment est-ce possible ? On y reviendra plus tard.
Pour botter le cul du diablotin qui leur pourri la vie, les deux praticiens vont avoir recours à la solution ultime, entendez par là un bon vieil exorcisme dans les règles de l’art.
Sauf que cette fois ce ne sera pas aussi simple, car le vilain démon est catalogué « cadre supérieur » chez « Satan et Cie », et de fait il est plus rusé que les autres, ceux qui sont au bas de l’échelle.
Le déloger ne va pas être simple, d’autant que ce dernier n’est pas seulement venu pour emmerder Aiden et Maira, mais au contraire pour se venger de Laras qui lui a jouée un mauvais tour. Quand ? Lors de l’exorcisme de Andini, la mère de Vanya !
Et si ce démon n’était pas venu par hasard, et si, par exemple, quelqu’un l’avait invoqué… alors ce serait encore plus tragique qu’on ne le pense !

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Avec « Sabrina » c’est le cinéma indonésien qui s’invite dans nos chaumières. Un peu aussi parce qu’il s’agit d’une production Netflix, et que forcément le métrage a été balancé sur la plate-forme VOD.
Vous pourrez dés lors, vu qu’il n’y a pas de version française, entendre la langue de Mochtar Lubis chanter à votre oreille.
Bon, d’accord cette information n’est pas très pertinente, votre humble serviteur a seulement tenté de vous en mettre plein la vue avec le seul écrivain indonésien qu’il connaît.
Pour en revenir à « Sabrina », ce film vous laissera une étrange sensation, un peu comme si vous aviez raté un épisode. Ce n’est pas totalement faux, rassurez-vous, puisque le long signé Rocky Soraya est en fait une suite de son précédent film : « The Doll 2 » (Ne vous acharnez pas à rechercher le premier volet, bien qu’on le trouve facilement, mais il n’y a pas vraiment de corrélation avec le deuxième).
C’est dans ce film que la première rencontre entre Maira et Laras a lieux, et c’est là encore qu’il nous est donné de voir la première version de la poupée – bien plus jolie – et fatalement il va se passer plein de trucs plutôt glauques.
Il ne faut cependant pas venir dire à Rocky Soraya que « Sabrina » est une suite, le réal’ lui préférant le doux sobriquet de Spin-Off. Ouais, mon œil, c’est une suite et point barre ! Histoire de vendre son film comme un métrage bien à part, Netflix joue sur les mots, et c’est un peu dégueulasse de leur part.
Je vais toutefois pouvoir vous rassurer, « Sabrina » peut se regarder indépendamment du film précédent, et hormis quelques allusions à ce dernier le reste est une histoire complètement à part.
C’est vrai qu’il serait dommage de passer à côté, car « Sabrina » est un vrai délire de l’artiste – pour paraphraser Pierre Mortez – qui parsème son œuvre de quelques références non-dissimulées au cinoche d’épouvante.
On peut ainsi y voir des allusions à « L’Exorciste », « Annabelle » bien évidemment et donc à « Conjuring » aussi, en passant par « Mama », « Ouija » et même « Lights Out ».
Soraya est donc un vrai fan boy, trop peut-être car à force de le démontrer il en vient à user de tous les poncifs du genre, au point que le spectateur ne peut plus être surpris par ce qui va arriver, tant cela se révèle prévisible.
Les effets de surprises, comme ceux qui sont censés faire « peur » sont gâchés et l’ambiance s’en retrouve plombée.
Faut-il pour autant lui en vouloir ? Non, et ce serait assurément trop facile de s’arrêter à cela sans avoir été prospecter un peu plus loin dans le film. L’horreur est capable de bien des prouesses, elle n’est pas seulement là pour vous filer la pétoche, et pour autant qu’à la barre le capitaine sache diriger son navire elle peut encore vous étonner.
C’est ce que fait Rocky Soraya, conscient de l’accueil que le public va lui réserver, et pour éviter que le pétard mouillé ne dure trop longtemps, le voici qui embraye assez rapidement sur une intrigue bien ficelée. C’est à coup de quelques flash-back que le réalisateur parvient à attirer notre attention, éveillant alors notre curiosité et l’envie, frénétique, d’aller jusqu’au bout pour recevoir de plein fouet la révélation tant attendue.
Et cela en valait la peine, le twist final nous faisant tressaillir, relevant comme il se doit l’intensité du récit qui se révèle sous une toute autre dimension.
Cela aurait même eu le mérite de nous faire presque oublier qu’on venait d’assister à une séance d’exorcisme particulièrement déroutante, un peu légère sur le fond. Exit les psaumes salvateurs qui chatouillent le Belzébuth, laissant place à une incantation burlesque et répétitive, comme un disque rayé.
Exit aussi l’eau bénite qui infligeait quelques dégâts, à croire qu’il y a tromperie sur la marchandise et qu’on a refilé à nos deux médiums une vulgaire eau de Vichy.
La part belle est faite aux grigris ancestraux et aux dagues aussi vieilles que Mercotte. Des ustensiles que le bon Raynard nous sort d’un vieux placard, comme par magie, à la limite d’être un peu étonné lui-même de les trouver là.
C’est donc bel et bien l’intrigue qui sauve le film, une intrigue qui vous « parlera » encore bien après tant elle est venue bouleverser nos certitudes.
On peut ainsi en faire le constat, les intentions de Soraya sont plus que louables, et il nous livre son film avec beaucoup de sincérités, malgré les défauts et les inégalités. On apprécie davantage cet effort à bien faire puisque le réalisateur, aussi scénariste, parvient à mettre en valeur ses protagonistes pour mieux nous surprendre au moment où on s’y attend le moins.

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Pourtant, si il y en a bien une qui est en retrait, alors qu’elle devrait être la vedette, c’est « Sabrina ».
Plutôt discrète tout le long du film, et pour cause, là ou « Annabelle » et consort tiennent le haut de l’affiche, notre poupette, elle, se réserve le droit de rester en coulisse. C’est plutôt malin de la part du metteur en scène qui après avoir joué avec les grands stéréotypes, décide de ne pas réitérer avec son « ugly doll » en lui préférant le rôle d’une sorte de cerbère de la porte, mais en jupe et dentelles histoire de conserver une certaine élégance.
Et comme Rocky Soraya est un homme qui aime s’amuser, il n’y a pas de raison qu’il en oublie la laideronne, soulignant les clichés qui ont fait la réputation des blockbusters de Hollywood. On sent bien la volonté de sa part de se « moquer » tendrement de cela, ainsi lorsque « Sabrina » à le cul posé sur le canapé, on ne s’étonnera pas de la retrouver en train de se reposer les miches sur la chaise du bureau, un étage plus haut. Ou encore de la voir apparaître soudainement aux côtés de Maira, dans le grenier c’est logique, pour, dans le même plan séquence, la voir aussitôt gambader et ricaner en arrière-plan.
C’est par ailleurs assez drôle, puisqu’à l’origine la poupée ne fait que bouger les yeux, toujours du même côté ce qui est assez déroutant. Un petit problème mécanique ? On ne sait pas, mais dans l’ensemble c’est plutôt fun, puisque c’est totalement assumé.
Pour sublimer sa marionnette, Rocky Soraya peut compter sur sa maîtrise de la caméra, qu’il manie rudement bien en nous proposant quelques travellings qui nous feront bien flipper. Les plans rapprochés sur la poupée sont d’une grande beauté, aidés en cela par une très belle photographie qui laisse présager le malheur en devenir.
Ce savoir-faire dans la technicité, le réalisateur le met au service de son métrage qui dés lors brille par son esthétisme. Et là, il faut rendre à César ce qui lui appartient, il n’y a aucune faute de goût.

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Au final, bien que la bobine pèche par quelques défauts, principalement à cause du côté fan en puissance de son réal’, et si le scénario cafouille parfois un peu pour faire place net à l’intrigue de fond, « Sabrina » saura se laisser apprécier par ceux qui auront la bonté d’âme de lui laisser une chance. Et de pardonner à Rocky Soraya d’avoir voulu trop? se faire plaisir alors que le potentiel dont il disposait lui aurait permis de faire beaucoup mieux.
Quoi qu’on puisse en dire, il livre un film honnête, prouvant que la poupée maléfique et machiavélique a encore de beaux jours devant elle, pourvu que des cinéastes aussi passionnés veuillent bien s’y intéresser.
En attendant que cela arrive, je vais me ruer sur le dernier catalogue de joujoux en date, histoire de me payer une Fanfreluche bien démoniaque. Et si jamais elle l’est pas… j’irai bouder dans mon coin !

Cédric Valentin

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