3615 CODE PÈRE NOËL

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On le sait tous, les dérives sur Internet sont nombreuses: prédateurs isolés, arnaqueurs,…
Et bien ce fût à peu près pareil dans les années 80 et 90, avec le célèbre Minitel. La problématique restait la même, à moindre échelle certainement, mais le danger était bien présent.
Un outil de ce genre, comme c’est le cas aujourd’hui avec la toile, entre les mains d’un psychopathe, vous pouvez imaginer les dégâts que cela peut occasionner, surtout auprès d’un public souvent très jeune qui n’est pas en mesure d’évaluer la menace.
Un simple 3615 code Père Noël, outil innocent dans la mesure où il s’adresse aux enfants, peut soudainement se transformer en début de cauchemar, lequel ne vous laissera pas indemne !

250px-CodePereNoelD’ailleurs Thomas de Frémont, un petit garçon de 10 ans, va pouvoir s’en faire une idée bien précise.
Thomas c’est un gamin super intelligent, capable à son jeune âge de concevoir des programmes informatiques complexes, mais c’est aussi et surtout un enfant qui aime à se prendre pour « Rambo », qui s’amuse avec ses nombreux jouets et qui aime encore le Père Noël.
C’est aussi un gosse de riche (j’ai rien contre hein), sa maman, Julie (Brigitte Fossey) est directrice d’une chaîne de magasins de jouets et du coup la petite famille qui se complète avec un grand-père bien amicale, habitent un somptueux manoir.
Un terrain de jeux parfait pour Thomas qui n’hésite pas une seule seconde à creuser dans le plancher, transformant celui-ci en piège infernal, et de continuer à s’amuser en passant par quelques passages secrets histoire de surprendre son papy, avec qui le môme a une belle complicité.
Nous sommes le 24 décembre ! Le petiot est surexcité à l’idée du Père Noël qui va venir cette nuit lui déposer tous les joujoux qu’il a demandé. Vu que sa mère est plutôt bien placée, ce ne sera pas mission impossible.
La maman qui, justement en femme d’affaire implacable, décide en ce soir de réveillon d’organiser une nocturne afin que les badauds qui s’y prennent à la dernière minute puissent encore trouver leur bonheur.
Mouais,… toujours aussi pourri le secteur patronal !
Bref, tout cela n’est pas fait pour ravir son petit garçon qui aurait aimé passer cette soirée en famille. On peut lire la déception sur son visage lorsque sa jolie maman s’engouffre dans la Porsche de son collaborateur, et accessoirement son amant. Le mec cherche sûrement une promotion canapé !
Thomas finit pas se faire à l’idée, et comme tous les enfants de son âge, passe immédiatement à autre chose. D’autant que cela ne doit pas être la première fois que sa daronne lui fait le coup.
Le voici qui s’éclate avec un copain en se baladant sur le 3615 code Père Noël.
Avec ce « réseau » il y entrevoit un petit « Papa Nauwël » carrément en phase avec son époque, puisque celui-ci permet aux enfants sages de passer directement leur commande par Minitel.
Plus encore, voici que Thomas discute en réel avec son idole !
Sauf que derrière l’écran de la borne publique, point de Santa Claus, mais un psychopathe qui semble un peu trop aimer la compagnie des enfants.
Dans la même journée, le gaillard va se faire engager par la mère du Thomas pour jouer le rôle du Père Noël au sein du grand magasin.
Á voir la trogne du type, on aurait pas vraiment envie de lui confier nos progénitures, tant il dégage quelque chose de malsain.
C’est un petite fille qui va en faire les frais, sentant que le bonhomme est louche elle va le provoquer un peu trop et se ramasser une gifle monumentale. Bon en même temps… elle lui tire la barbe… faut le comprendre le mec !
Seulement c’est pas de chance pour lui, Julie de Frémont vient d’assister à la scène et, manu militari, congédie son employé.
Putain… si elle savait la connerie qu’elle vient de faire ! Une petite gifle ce n’est rien comparé à ce que va endurer son fils !
Car en allant récupérer son chèque, le cinglé en habit rouge surprend une conversation qui a pour but d’informer les livreurs de la boutique qu’il est temps de livrer la palette de cadeaux au fils de la patronne.
Il ne lui en faut pas plus pour embarquer à l’arrière de la camionnette, direction le manoir de Frémont.
Et puisque Thomas est curieux, il est caché en-dessous de la table de la salle à manger, prêt à assister à la venue du Père Noël.
Lorsqu’il aperçoit ce dernier descendre par la cheminée, le gosse en est tout étourdi. Il ne sait pas encore que sous la houppelande se cache celui qui lui fera vivre une nuit traumatisante.
Thomas mettra alors tout en œuvre pour protéger sa baraque et son grand-père, et pour ce faire il va installer quelques pièges.
Mais cela suffira t-il à stopper ce malade, bien décidé à venir à bout de sa sombre tâche ?
Le long calvaire du petit garçon ne fait que commencer !

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Comme beaucoup vous allez assurément faire un parallèle entre le film de René Manzor et celui de Chris Columbus : « Home Alone » !
Lequel met en vedette le jeune Kevin McCallister (Macaulay Culkin) truffant sa maison de pièges afin d’empêcher des cambrioleurs d’y pénétrer.
Je vais donc vous le dire aussi froidement qu’une jeune fonctionnaire – plutôt bonasse – me l’a dit tout récemment : eh bien… vous avez tort !
Bon évidemment, vous devez vous en douter, on ne parlait pas cinoche, mais plutôt paperasse.
Toujours est-il que, oui, vous auriez bien tort de mettre en regard ces deux films, mais comme je sais que vous êtes incorrigibles, vous allez le faire quand même.
Il faut pourtant se rappeler que « Maman j’ai raté l’avion » est sorti en salles en décembre 1990, alors que « 3615 Code Père Noël » est sorti, lui, en janvier 1990 et que le tournage s’est déroulé l’année précédente.
CQFD ! René Manzor n’aurait donc pas pu s’inspirer de Chris Columbus.
Qui plus est, encore une fois si vous avez vraiment envie de comparer, vous trouverez des différences importantes.
Dans « 3615… » nous entrons en plein cœur d’un thriller glauque à souhait, de quoi se souvenir que le cinéma de genre français recèle de quelques pépites.
On a trop souvent tendance à chier sur la chaise où l’on est assis, et c’est bien regrettable, la preuve avec ce film qui est bien loin d’user les gags de fonds de tiroirs pour, au contraire, bien nous foutre les boules. En même temps les boules à Noël… Oups ! Blague typique d’un fond de tiroir. Vous voyez, je n’invente rien !
Comparatif encore, le méchant de l’hexagone est un vrai psychopathe en puissance qui, dés sa première apparition vous glace le sang, laissant planer un sentiment qui met littéralement mal à l’aise.
Tout le contraire chez les ricains où il y a de quoi pleurer face au spectacle assez pathétique qu’on nous sert. Les pièges du blondinet constituent l’essentiel dans « Home Alone », alors que ceux de Thomas sont loin d’être le leitmotiv de la pelloche. D’ailleurs les séquences avec ceux ci ne sont pas légions.
Arrêtons là les comparaisons, car ce que fait René Manzor avec son film est, vous le constatez, radicalement différent, oserais-je dire que ça n’a même rien à voir du tout… ben oui j’ose le dire puisque c’est là l’unique vérité !
Le réalisateur a davantage donné du corps à son métrage, travaillant en profondeur la psychologie des personnages sans pour autant verser dans l’intellectualisme barbant. Il nous livre cette dernière au gré des événements, permettant ainsi un renouvellement constant des protagonistes que l’on voit alors remplis d’espoir, de doutes, de peurs et de consternations chez Thomas et son grand-père.
Mais l’intelligence a été de laisser planer le doute sur ce Père Noël meurtrier. Difficile de vraiment le cerner, de saisir ses motivations réelles. C’est ce qui rend le film viscéral, le truc vous prend aux tripes et sans crier gare l’effroi vous saisit, jusqu’à atteindre son paroxysme lors de scènes particulièrement sordides.
René Manzor ose aller loin, touchant à la sacro-sainte image d’un enfant emplis de rêves et de passions, qui s’émerveille d’un rien avant que tout ne s’effondre, tuant à jamais son innocence. C’est purement génial !

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Si « 3615 Code Père Noël » a pu voir le jour, c’est grâce à l’intervention de Francis Lalanne, crédité en tant que producteur. Il encourage alors son frère – oui c’est un film familiale – à mettre sur pied son projet grâce à un fond financier,… enfin c’est un peu complexe pour une personne qui déteste les chiffres. Quoiqu’il en soit, Francis finance son frère René, Jean-Félix signe une B.O. à la fois envoûtante et bien anxiogène (je peux vous garantir que vous n’écouterez plus « Merry Christmas » de Bonnie Tyler de la même façon), et Alain Lalanne, alias Alain Musy, campe Thomas.
Et puisque le gamin doit être surpris par l’apparence de m’sieur Santa, c’est l’acteur Patrick Floersheim – entre-autre la voix de Robin William – qui a l’idée de ne pas se montrer au garçonnet afin de rendre la scène de la rencontre plus authentique que jamais.
Patrick Floersheim, qui nous a malheureusement quitté bien top tôt, assure à lui seul une grand partie de l’ambiance lugubre du film, qu’il sait rendre foncièrement angoissante grâce à un jeu d’acteur assuré.
Si Louis Ducreux, quant à lui, apporte cette petite touche de tendresse en interprétant un papy gâteau, elle sera vite évincée pour laisser place nette à ce jeu sournois du chat et de la souris que se livre Thomas et son bourreau.
Alors oui ! Merci la famille Lalanne pour ce film magistral qui sait filer la boule au ventre et qui émerveille en même temps par la maîtrise du rythme et la technicité exemplaire de René Manzor qui parvient à rendre chaque recoin de cette immense battisse aussi inquiétants qu’éprouvants.
Il est dés lors évident que ce « 3615… » n’est pas le genre de bobine à se mater en famille, un soir au coin du feu, au risque de perturber nos charmantes têtes blondes. Á contrario, pour une soirée frisson, vous devriez avoir de quoi vous mettre sous la dent.
Ce film est donc la preuve d’un savoir-faire dans le ciné de genre français, et à chaque revoyure ce sont les mêmes sensations qui se dégagent.
C’est justement là que se situe la force d’une telle œuvre : continuer à nous épater et à nous captiver au point d’en redemander encore plus.
Il faut bien l’avouer, le visuel y est aussi pour beaucoup. En 2017, l’éditeur « Le Chat qui Fume » nous gratifiait d’un beau combo Blu-Ray/DVD, remettant en valeur l’ensemble du film pour nous le proposer dans un master HD vraiment sublime.
Nous pouvions enfin (re)découvrir ce thriller horrifique dans un master digne de ce nom, et en apprécier à sa juste valeur la très belle photographie aux couleurs froides.
Avec une telle atmosphère, le final qui nous est servi a une tendance nihiliste, car qui pourrait sortir indemne d’une telle expérience ? Une fin logique, dans la parfaite continuité de ce qui nous est donné de voir pendant 87 minutes, laissant alors le spectateur sur une impression que ce n’est pas vraiment la fin, tant la vie de ce petit garçon de 10 ans ne retrouvera peut-être jamais le chemin de la naïveté.

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Si vous êtes d’un naturel taquin, vous aurez toujours la possibilité de faire croire à vos marmailles que si ils cherchent à entrevoir le Père Noël, celui-ci se transformera en ogre.
Et si vous deviez le leur prouver, vous les installerez confortablement sur le canapé pour une séance cinéma qui leur clouera le bec. Après cela, ils ne verront plus jamais le p’tit vieux à barbe blanche de la même façon.
Bien fait pour le gueule… et Joyeux Noël !

Cédric Valentin

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