L’EXORCISME DE HANNAH GRACE

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Il suffit parfois de peu de chose pour trouver la bonne idée : un article dans un journal local, racontant comment une personne condamnée à des travaux d’intérêts général se retrouve à travailler, de nuit, dans une morgue. C’est le point de départ pour les producteurs Todd Garner et Sean Robins, qui voient là un sujet plutôt intéressant pour élaborer un nouveau film. Un simple papelard et voilà que nos deux compères s’emballent, jusqu’au moment où une idée germe : « et si on faisait un film d’horreur qui se passe dans une morgue ? ». Á coup sûr, ils ont inventé le fil à couper le beurre…
Bon, ok, alors suivons le guide et direction le sous-sol sombre et inquiétant d’un hôpital où, à la nuit tombée, les macchabées seront vos seuls amis… ou pas !

5bd6d1068189650d3a9a038fMegan Reed est une ex-policière qui, au cours d’une intervention qui a mal tournée, se retrouve complètement désœuvrée.
La jeune femme entame alors une longue descente aux enfers, en mélangeant alcool et anxiolytiques. Une tambouille pas vraiment à conseiller qui finira par conduire Megan aux réunions des AA (les Alcooliques Anonymes), seul salut possible pour sa guérison.
C’est à l’hôpital de Boston que sa thérapie a lieue, en groupe bien évidemment, et pour chaque membre un parrain ou une marraine.
Pour l’ex-flic, c’est une aubaine d’avoir Lisa dans ce rôle, puisque celle-ci est infirmière dans le même établissement. Dans le but de voir sa petite protégée remonter la pente, elle lui propose un emploi de nuit – ce qui ne sera pas un hasard – afin d’occuper un poste de réceptionniste… à la morgue !
Attention, on ne parle pas de « LA » réceptionniste qui répond aux appels téléphoniques, mais bien de celle qui prend en charge les cadavres dés leur arrivée.
Un boulot de rêve, puisque les pensionnaires ne risquent pas de vous déranger. Et pour Megan la seule tâche a effectuer sera de prendre les photos des corps, ainsi que leurs empreintes, afin de constituer un dossier. Après cela, coucouche tiroir dans un compartiment réfrigéré.
On serait effrayé pour moins que cela, mais pas la demoiselle qui paraît insensible face aux œuvres de la grande faucheuse.
Pourtant, une nuit, sa perception de la vie et de la mort va être mise à mal lorsque on lui remet la dépouille fortement mutilée d’une jeune fille.
Megan a beau faire la fière en restant de marbre, lorsque le sordide spectacle se dévoile à ses yeux ébahis, elle est pas loin de gerber ses tripes tant cela est insoutenable.
« Welcome to the Morgue Hannah Grace ! », petit nom de la nouvelle occupante du sous-sol du « Boston Metro Hospital ».
Pour la réceptionniste, les choses ne vont pas tarder à se gâter. Á commencer par une panne totale de tous les appareils permettant l’ouverture d’un dossier. Ensuite, un intrus est parvenu à se faufiler à l’intérieur de la morgue, agressant Megan avec rage avant de se faire stopper par la sécurité.
C’est carrément pas une nuit de tout repos, et ça ne fait que débuter !
Ne pouvant mettre son passé de fliquette sur le côté, v’la ti pas que la donzelle se prend pour « Columbo » en remarquant de menus détails sur Hannah Grace qui lui laissent à penser qu’il ne s’agirait peut-être pas de la même personne.
Comment faire pour vérifier son hypothèse ? Eurêka ! Elle va demander à son ex petit copain, Andrew, policier lui aussi, de mener une petite enquête en lui confiant précieusement le relevé des empreintes.
Elles ne tarderont pas à parler – on connaît la compétence des services de Police – et ce qu’elles ont à dire ne s’apparente pas exactement à une bonne nouvelle. Hannah Grace est morte il y a trois mois, et c’est bien elle qui est allongée dans le frigidaire !
Le trouillomètre à zéro, Megan n’est pas au bout de ses surprises. Des événements étranges se produisent, et pas seulement par des bruits flippants ou des portes qui s’ouvrent toutes seules, mais aussi par une réaction physique sur le corps de Hannah. Il apparaît que ce dernier est en train de se régénérer, au moment même où, au sein du personnel de l’hôpital, les morts violentes et atroces se succèdent.
Et si, tout compte fait, Hannah Grace n’était pas morte ? Du moins si c’est bien elle, car une évidence se fait de plus en plus sentir : un démon habite ce corps mutilé et il n’est pas prêt de rester sagement dans son frigo !

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Mainte et mainte fois le 7ème art nous aura amené sur le terrain, parfois savonneux, de l’exorcisme et de la possession au travers de productions parfois originales et de bonnes factures, parfois médiocres et bonnes à balancer dans la cuvette des chiottes.
Car depuis que le père Friedkin nous a servi son « Exorciste » en 1973, bon nombre de cinéastes ont tenté d’égaler ce succès.
Exercice difficile, certes, mais pas insurmontable, en témoigne le génial « The Autopsy of Jane Doe » de André Øvredal. Un vrai must dans le genre qui instaurait un climat bien anxiogène, sans pour autant en oublier la psychologie des personnages.
En 2018 arrive la bande annonce de « L’Exorcisme de Hannah Grace », qui ne fût pas sans nous rappeler, dans son approche, le film cité plus haut. Lequel se déroulait aussi dans une morgue, au sein d’une entreprise familiale de pompe funèbre.
Un nouveau film abordant le genre, c’est bien, mais faut-il encore que celui-ci parvienne à se démarquer, et plus encore, à se réinventer. On a presque envie de dire que c’est mal barré, puisque le lieux de l’action s’est déjà vu en 2016.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que ça ne démarre pas sur les chapeaux de roue, puisque le titre d’exploitation débutant par « L’Exorcisme de… », on est en droit de s’attendre à tout l’abattage spectaculaire qui en découle. Rien de tout cela !
Si à l’entame nous assistons bien à un rituel d’exorcisme, il ne sert que de prologue à ce qui va suivre, et ce ne sera pas du tout en rapport avec le titre.
Bon en même temps, c’est la faute des exploitants en Europe francophone qui nous trompent littéralement sur la marchandise. Si on se réfère au titre original, à savoir : « The Possession of Hannah Grace », là, il n’y a pas à discuter on est dans le bon !
Toutefois, ne vous réjouissez pas trop. C’est que le long tarde à nous faire entrer dans le vif du sujet, souhaitant au préalable s’intéresser à la personnalité de Megan, laquelle est censée apporter cette touche dramatique au récit.
Mais la sauce ne prend pas, tant c’est insipide et peu convaincant ! De plus, cela n’apporte pas grand chose à l’intrigue qui va suivre.
Vient enfin le moment tant attendu, où l’on bascule dans l’horreur, là où les certitudes de notre héroïne vont s’effondrer comme un château de cartes.
Le frisson nous guette t-il ? Malheureusement non… en cause cet effet d’avoir déjà assisté
à pareille représentation, rendant l’ensemble terriblement prévisible.
Inutile de préciser que tous les effets tombent à l’eau, et c’est bien dommage tant on pouvait en attendre mieux. Dés les premières minutes, on fait connaissance avec le Malin, fourbe comme il se doit de l’être, mais avec cette particularité de s’avérer suffisamment puissant pour contrevenir aux incantations bibliques, le rendant de fait quasiment invincible.
Approche brillante qui méritait davantage d’être développée. Au contraire, elle ne sera jamais que peu subtilement évoquée ce qui, d’emblée, casse les premiers effets de sa résurrection à la morgue.
Plus regrettable encore, alors que nous nous trouvons bel et bien dans un film prônant l’histoire d’un être possédé, c’est que les apparitions de cette entité maléfique sont programmées avec parcimonie. On aurait pu l’accepter si, en contrepartie, il avait été décidé de jouer sur les ambiances et sur la suggestion de la présence du démon, ce qui n’a pas été le cas.
Il faut cependant reconnaître que la morgue, dans le récit, sert admirablement le suppôt de Satan, au point de lui donner un coup d’avance puisque l’endroit permet d’exacerber nos peurs les plus profondes.
C’est un mieux, mais pas suffisant pour parvenir à susciter chez le spectateur ce sursaut tant attendu. Même les jump-scares n’atteignent pas leur objectif, c’est vous dire le désastre.
La peur ne sera donc pas au rendez-vous, et la seule crainte persistante est de voir le film s’enliser encore un peu plus.

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Pour sa première incursion à Hollywood, le réalisateur néerlandais Diederik van Rooijen s’attaque à un sujet bien trop gros pour lui. Il ne parvient pas à y insuffler le rythme nécessaire, et au point de vue technique, on s’attendait à bien mieux de sa part. Ses précédents films, loin de l’horreur, arboraient un bien meilleur visage, la preuve avec « Daylight » ou encore « La Guerre de Stella ».
Dans « L’Exorcisme de Hannah Grace », le réal’ bâcle entièrement ses prises de vue, au point d’être parfois dans l’obligation de deviner ce qui est en train de se passer. Le point d’orgue, car il y en a un, est de laisser le tout à l’abandon, du moins c’est le ressenti qu’on peut en avoir, le métrage se retrouvant en roue libre… et ça c’est plus qu’un ressenti…
Le scénariste, Brian Sieve, bien que pavé de bonnes intentions, ne sera pas d’un grand secours. Le gaillard ne maîtrise pas du tout le sujet, en fait des pataquès pour devenir finalement plus que redondant.
On a bien du mal à imaginer que le sieur van Rooijen et son acolyte aient eu des références telles que : « Rosemary’s Baby » et même « Shining » pour mettre sur pied leur film. Dites les gars, vous vous foutez de nous là ?
Pour camper Megan, nous retrouvons la plus que jolie Shay Mitchell (Emily Fields dans « Pretty Little Liars »), qui doit sans doute être mal dirigée tant elle ne dégage aucune émotion. Tout juste s’illustre t-elle en tant que bon élève, tentant quelquefois de tendre vers un mieux, non sans une certaine souffrance.
C’est fâcheux puisque c’était là une occasion de la voir dans un tout autre registre.
La seule qui tire, un tant soit peu, son épingle du jeu est l’actrice, mannequin et danseuse Kirby Johnson, qui interprète Hannah Grace.
Très à l’aise dans le rôle de la possédée, incroyablement agile – elle est danseuse en même temps, essayez de suivre – elle parvient à captiver notre attention lors de ses rares apparitions, furtives qui plus est, et on aurait aimé la voir un peu plus.
Ces échecs mis bout à bout font de « L’Exorcisme de Hannah Grace » un piètre film. Il ne mérite même pas de se regarder pour le plaisir, ou pour la détente, et si malgré cela vous aviez comme une envie soudaine de vous y frotter, sachez que vous risquez de perdre votre temps qu’on imagine trop précieux.

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En voilà encore un qui ne restera pas dans les anales, qui se fera vite oublier et dont ne parlera plus dans les années à venir.
Si vous êtes toujours désireux de vous plonger au cœur de quelques bobines où l’on chasse le Malin, vous pourrez toujours vous rabattre sur ce bon vieux classique avec une Linda Blair encore toute innocente, ou bien encore vous laisser tenter par « Délivre-nous du Mal » ou encore « Le Rite » avec Anthony Hopkins pour ne citer qu’eux. Bah oui, pardon, je vais pas m’amuser à dresser une liste exhaustive… je suis fainéant et alors ?
Du coup, c’est ma déception que je vais jeter aux égouts, car il est plus qu’évident que, tôt ou tard, un réalisateur plus inspiré nous éblouira d’un long métrage magistral qui pourra se prévaloir de ses mentors.

Cédric Valentin

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