LES NOUVELLES AVENTURES DE SABRINA

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Nous fûmes quelques-un(e)s à être ados dans les années 90 et 2000, une époque charnière puisque nous étions la dernière génération à encore jouer « dehors » avec les copains, tout en martyrisant nos paddles une fois de retour à la maison.
Ce fût aussi une décennie bénie des Dieux pour tous ces « enfants de la télé » qui y découvriront des programmes de tous genres et de toutes factures.
Devant notre vieux téléviseur à tube cathodique, nous passions des heures à les visionner, télécommande à la main pour zapper plus vite que notre ombre quand on aimait pas ce qu’on voyait.
Nous étions alertes afin de ne pas rater la dernière sitcom à la mode, et il faut bien l’avouer nous avons été gâtés.
De ces pamphlets pour boutonneux nous en retiendrons certaines, devenues cultes avec le temps, tandis que pour les autres, elles s’enfouiront dans les abîmes de l’oubli. Ce n’est pas tout à fait le cas pour « Sabrina l’apprentie Sorcière », qui s’avéra suffisamment truculent pour qu’on s’en souvienne. Certes il y avait un petit arrière-goût de guimauve, mais qu’importe on s’en fichait pas mal, pourvu qu’on y voit la bonasse aux cheveux d’or qui nous ensorcelait tant.
Alors forcément, quand celle-ci décide de revenir sur le devant de la scène, on ne pu être qu’aux aguets et s’impatienter de voir débarquer ces nouvelles aventures, lesquelles se voulaient résolument modernes.

81XP3VNhs8LSabrina Spellman est une jeune adolescente comme les autres, à ce détail prêt qu’elle est mi-humaine, mi-sorcière !
Nous la découvrons habitant toujours Greendale, chez ses tantes Hilda et Zelda.
Sabrina est à quelques jours à peine de fêter son seizième anniversaire, une date cruciale puisqu’elle devra choisir entre le monde des humains et celui de la magie, lors d’un baptême de résurrection.
Puisque ce sont ses tantes qui l’on élevée, c’est elles qui devront l’accompagner lors de cette cérémonie, censée faire d’elle une sorcière à part entière, et ce, pour la plus grande fierté de la famille Spellman.
Mais ce choix aura des répercussions sur la jeune fille, laquelle devra dire adieu à son lycée afin d’entrer à l’Académie des Sorciers. Elle ne pourra dés lors plus avoir de contacts avec le monde des humains, et devra alors se séparer de ses deux meilleures amies, Rosie et Suzie. Pire encore, il lui faudra rompre avec son petit ami, Harvey Kinkle, un charmant jeune homme qui l’aime d’un amour inconsidéré.
Sabrina est-elle prête à faire ce choix ? Est-ce le prix à payer pour son allégeance au « Dark Lord », le seigneur des Ténèbres ?
Pour l’aider à franchir le cap, elle peut compter sur les conseils avisés de son cousin Ambrose, un sorcier lui aussi, et de ses tantes qui sont diamétralement opposées. Hilda est joyeuse et un brin ingénue, tandis que Zelda est plus froide et insensible.
C’est que le temps passe vite, et voici que le jour tant attendu arrive. Mais l’adolescente semble encore hésiter, et face à cette réticence, Zelda va demander l’intervention du grand prêtre de leur Coven : le Père Blackwood !
Homme énigmatique, successeur du père de Brina à ce poste, va ainsi lui servir un monologue vantant les louanges de Satan et de l’absolue nécessité, pour elle, de le servir.
Si dans un premier temps la jeune fille se laisse convaincre, appâtée par ces belles paroles, dans le second le doute l’assaille à nouveau. Car au moment de signer le livre noir, garant de sa totale dévotion, elle découvre que le discours de Blackwood est au final un tissu de mensonges.
Refusant alors de se soumettre, la voici qui prend la poudre d’escampette, direction la forêt afin de rejoindre le manoir familiale – et accessoirement entreprise de pompes funèbres – jetant l’opprobre sur le nom des Spellman !
Satan lui-même ne cache pas sa colère, car il nourrit quelques aspirations secrètes quant à l’avenir de Sabrina, laquelle fait partie d’un sombre dessein, comme seul le malin peut en avoir… maudit cornu !
Alors que la pauvre mi-humaine/mi-sorcière pensait être libérée de ces contraintes, la voici soudainement traduite devant la justice du Coven. Il y sera décidé que Sabrina pourra continuer de mener sa vie parmi les mortels, à la seule condition de rejoindre l’Académie.
L’adolescente y voit une occasion inespérée de parfaire ses pouvoirs, dans le but de détruire le petit merdeux à tête de bouc !
Le plan de Brina est-il infaillible ? Elle en est convaincue, mais dans l’ombre, un puissant démon a pour mission de soumettre la jeune Spellman, et celle-ci aura tout intérêt à ne pas se laisser abuser.

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C’est en octobre 1962, dans le numéro 22 de la revue « Archie’s Madhouse », que les lecteurs américains purent découvrir une petite sorcière mutine prénommée « Sabrina », née de la plume de George Gladir et le pinceau de Dan DeCarlo.
Au départ celle-ci n’est qu’un énième personnage secondaire évoluant dans le sillon du héros phare de « Archie Comics », le bien dénommé « Archibald Andrews », qui habite une ville voisine que vous devez tous connaître : Riverdale !
La magie est bien entendus au rendez-vous de ces aventures, laissant une large place à l’humour. De ses pouvoirs, l’héroïne allait s’en servir pour faire le bien autour d’elle, et aussi pour faire face aux épreuves de l’adolescence, cela va de soit.
On pouvait y découvrir dans quel environnement la demoiselle s’épanouissait, auprès de tantes aimantes et de leur animal de compagnie, la chat Salem qui n’eut d’autres choix que d’endosser ce costume suite à ses désastreuses tentatives pour conquérir le monde.
Devant le succès grandissant de l’espiègle sorcière, il fût décidé, dés 1972, de lui consacrer sa propre série. Jusqu’en 1983 ce ne sont pas moins de 77 numéros qui contèrent ses exploits, pour ensuite apparaître en guest-star dans les comics des autres personnages.
Et puisque succès il y a, il fallait bien que tôt ou tard la petite lucarne finisse par s’y intéresser. C’est donc dés 1996 que la série « live-action » va voir le jour et ce, pour plusieurs saisons, soit sept au total jusqu’en 2003.
Fort de l’engouement que suscite la sitcom, la jeune sorcière va faire son retour sur papier, en 1997, au travers d’une nouvelle mouture qui reprend des éléments inspirés de la série télé.
Plus que jamais Sabrina a le vent en poupe, et pour ceux qui eurent la chance de lire la bande dessinée, on pouvait y noter quelques différences, assez significatives, avec la prise de vue réelle.
Dans cette dernière, l’héroïne ne découvre ses pouvoirs que le jour de ses seize ans, alors que son homologue papier le savait depuis sa plus tendre enfance.
Une autre encore, puisque dans le comic-book, nous sommes en 1960 alors que sur nos écrans nous étions bel et bien en plein cœur des 90’s.
Mais qu’importe, l’ado libidineux que nous étions ne s’arrêtait pas à ces menus détails, trop absorbé par la présence de la délicieuse Melissa Joan Hart qui hanta nos nuits, dont certaines furent fiévreuses et endiablées.
Il fallut attendre d’avoir trois poils au menton et un petit duvet… enfin vous savez où, pour se rendre compte à quel point nous étions légèrement « neuneu », tant la sitcom était puérile.
Depuis quinze ans donc, l’apprentie sorcière fut rangée au placard, bien plus longtemps encore pour son pendant illustré.
Jusqu’au jour où l’éditeur, Archie Comics, décidé de mettre un peu plus l’accent sur une collection adulte. C’est ainsi que le label « Archie Horror » vit le jour, avec lui aussi sa série phare : « Afterlife with Archie ».
Un monde post-apocalyptique dans lequel on croise quelques zombies et autres monstruosités, le tout scénarisé par Roberto Aguirre-Sacasa, l’homme à qui l’on doit la série « Riverdale », elle-même empruntée à l’univers de « Archie ».
Dans le sixième numéro de « Afterlife… », une vedette féminine fait son entrée, en l’occurrence… ben Sabrina tiens !
Face à l’enthousiasme d’un public qui salue ces retrouvailles, la décision de réhabiliter la sorcière ne se fît pas attendre. Toujours en faisant appel à Aguirre-Sacasa, l’idée a été de poursuivre les aventures de la donzelle dans un style audacieusement adulte.
« Chilling Adventures of Sabrina » se concrétisa donc dés 2014, nous entraînant dans un univers sombre à souhait, et pour le coup c’est un retour dans les années soixante. Toujours âgée de seize ans, le récit se pare de nombreux flash-back qui nous renvoient dans les années cinquante histoire de nous balancer un peu du passé de la gamine.
Couronnée de lauriers, il n’en fallait pas plus pour pousser le créateur de « Riverdale » à proposer une adaptation pour… la télévision ! Décidément, encore elle !

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Dés le mois d’octobre 2018, nous pûmes découvrir sur Netflix la première saison des « Nouvelles Aventures de Sabrina » ! Et là, le choc fut au rendez-vous car on en a pris plein les mirettes, la surprise a été de taille puisque ça n’a effectivement plus rien à voir avec la version édulcorée de 1996.
Ne faisons par ailleurs pas la connerie de considérer ces nouvelles aventures comme un reboot de la sitcom, au risque de faire monter de tension le brave Roberto. En même temps on pourrait le comprendre, puisqu’en définitif il s’agit davantage d’un revival qui dresse le portrait d’une ado, dont le ton émerillonné de son prédécesseur laisse ici place à la noirceur et à la mélancolie.
Ayant gardé pour cadre la ville de Greendale, cette dernière se dévoile sous un aspect grisâtre et inquiétant, au même titre que sa forêt qui semble renfermer de biens étranges secrets. Autant dire qu’on serait peu enclin à la visiter !
Et puisque les changements ne s’arrêtent pas là, exit le cosy petit pavillon de banlieue, Sabrina est désormais domiciliée au manoir des tantines. Décoration gothique pour encore plus souligner la singularité macabre du lieux, le tout baignant dans une ambiance « Creepy » qui vous procurera de temps à autres de légers frissons.
De quoi confirmer la position de ces « Nouvelles Aventures de Sabrina », plus que jamais un « produit » destiné aux adultes : c’est carrément dark et anxiogène et ça révèle des thématiques assez inattendues. Les premiers surpris seront ceux qui s’amusent à quand même faire le parallélisme avec l’ancienne série. On y découvre que la famille Spellman fait partie d’un ordre Méphistophélique, comprenant forcément tout le package : un Dieu maléfique, un grand-prêtre dévot et toute une clique de fidèles qui jurent une fidélité aveugle au « Dark Lord ». En somme, les grands préceptes d’une secte satanique qui s’expriment ici sans filtres, et ce pour le plus grand bonheur de ceux qui aiment à se payer quelques frayeurs.
Et oui, dans ce revival il y a de quoi se faire peur, on se surprend à sursauter, et ce sans abuser des jump-scares. Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est diablement efficace.
Pour autant, il était hors de question de ne toucher qu’aux domaines de l’horreur et du fantastique, ainsi la série parvient à s’en dégager, juste le temps pour elle d’aborder de plus prêt les considérations post-modernes de l’adolescence. C’est au travers de la féminisation, et de la place de la femme dans la société, qu’elle y arrivera. L’actualité s’invite alors au programme, dénonçant avec ferveur le machisme et enjoignant le « beau sexe » à tenir tête aux mâles décérébrés qui courent un peu trop les rues
Si ces thèmes permettent aux « Nouvelles Aventures… » d’être bien encrés dans leur époque, il en est d’un autre sort – sans mauvais jeu de mot – pour l’histoire d’amour qui jalonne le récit. Sabrina et Harvey est assurément le point faible, car trop redondant avec une tendance à s’enliser dans le romantisme bon marché. L’émergence de leur histoire n’arrive que trop tardivement, et on ne peut qu’espérer qu’elle perdure dans la prochaine saison.
Mais ne nous arrêtons pas sur cette broutille, la qualité indéniable de cette première saison suffit à partiellement la masquer. On aura plutôt tendance à se laisser charmer par l’esthétisme qu’elle dégage, et que l’on peut admirer dans un format d’épisode allant de 50 minutes à 1 heure.
La mise en scène y est splendide, rendant chaque recoin du manoir, du lycée et de la ville elle-même totalement angoissant et malsain.
Bien qu’il s’agisse d’une adaptation de la nouvelle vague de comics, la version live-action parvient à se créer sa propre identité, versant carrément dans l’anachronisme. Dés l’entame du premier épisode, on nous confirme bien que les événements relatés se passent à notre époque, alors que la ville semble « piégée » dans les 60’s. Quelques éléments, comme un ordinateur portable ou un smartphone, viennent toutefois mettre à mal cette théorie.
Quoiqu’il en soit, cela ajoute une touche de mystère qui confine à une intrigue rondement menée, surtout grâce à l’interprétation de la Sabrina 2.0 : Kiernan Shipka.
L’actrice, vue préalablement dans « Mad Men », y est tour à tour rayonnante et ténébreuse, maîtrisant parfaitement son espace pour, au fil des épisodes, se révéler de plus en plus captivante et enivrante.

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Série en phase avec son temps, résolument moderne et, parce qu’il faut bien l’avouer (et se l’avouer), un brin opportuniste, « Les Nouvelles Aventures de Sabrina » ne peut que vous envoûter.
Exercice qui ne devrait pas être trop difficile, et vous aurez rapidement fait la part des choses puisque, de son aînée, ces nouvelles aventures ne conservent que les éléments pertinents : les tantes Hilda et Zelda, Harvey et même Salem, bien moins marrant dans ce cas ci.
Et si vous espériez voir Sabrina user de sa magie, vous pouvez de suite l’oublier. Elle est remplacée par des rites et sortilèges, souvent maléfiques, en passant par les incantations de tous genres, sans oublier les potions dont les recettes se trouvent dans ces vieux grimoires poussiéreux, mais dont les résultats sont moins sympatoches que dans la version humoristique.
Enfin bref, cela sert admirablement ce « Chilling Adventures of Sabrina » qui ne tombe alors pas dans l’infantilisation et conserve son aura fantastico-horrifique jusqu’au bout !
Soyez heureux, car la seconde saison débarque ce 5 avril 2019, toujours sur Netflix, et ça, comme dirait Patoche : « c’est que du bonheur… putain ! ».

Cédric Valentin

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