THE HIGHWAYMEN

HG04.jpg

Il y a des périodes de l’histoire qui inspirent plus que d’autres, et la grande dépression qui frappa, dés 1929, les États-Unis fait partie de celles qui donnèrent de grandes idées à moult artistes : du cinéma en passant par la littérature, et même la chanson.
Bien que cette époque ne fût pas bien drôle pour la classe la plus pauvre de la populace, victime de la récession et du chômage, elle se révéla toutefois assez trépidante pour de nombreuses mauvaises graines qui profitèrent de la prohibition pour se mettre quelques dollars en poche.
Les années trente, c’est la décennie des plus illustres gangsters qui défrayèrent la chronique. Toujours plus violents ils firent couler autant de sang que d’encre.
De ces figures « emblématiques », on retiendra le fameux Al Capone, mais aussi un petit couple qui, sous bien des aspects, ne revêtait pourtant pas une mine aussi patibulaire que le roi de la pègre, on veut bien entendu parler de Bonnie & Clyde !
Un couple que le 7ème art aura tôt fait de glorifier, profitant d’un engouement populaire pour les élever au rang de héros de l’anti-capitalisme. Une gloire qu’ils ne méritent pas, une légende qui ne devrait pas en être une, et pourtant…

MV5BZmM5Y2QzOGQtNTdjZS00NDVhLThkYjItZjZiMjk4YjM0ZTUzXkEyXkFqcGdeQXVyNDg4NjY5OTQ@._V1_Bonnie Parker et Clyde Barrow, du gang Barrow ! Applaudis par la classe défavorisée d’un peuple qui subit une crise économique sans précédent, faisant face à la politique d’austérité du président Herbert Hoover, et à la passivité de son successeur, voyant ses aspirations politiques briller sur un tout autre registre.
Et pendant ce temps, la presse ne cesse de relater une actualité des plus sanglantes. Les attaques de banques se multiplient, et les cadavres se succèdent dans une frénésie qui paraît inarrêtable.
Bonnie & Clyde sévissent dans le Sud Central de l’Amérique, et il est temps de mettre un frein à leurs agissements !
Le gouverneur du Texas, la célèbre Miriam « Ma » Fergusson, va alors prendre une décision assez radicale : elle va réhabiliter temporairement deux agents de l’ancien corps des « Texas Rangers ».
C’est Frank Hamer qui sera appelé à la rescousse, un homme qui n’est plus tout jeune mais qui fit preuve de suffisamment de zèles pendant ses jeunes années pour, elle l’espère, être l’homme de la situation.
Mais ça fait longtemps que Hamer a raccroché, et il est désormais bien installé. Une maison confortable, une épouse charmante,… il s’est même un peu embourgeoisé avec le temps, lui qui a réussi à gagner pas mal d’argent grâce à son agence de sécurité dans le secteur pétrolier.
Toutefois, on aura beau chanter les louanges de la retraite, un chasseur reste un chasseur, et au plus profond de sa chair c’est ce qu’est Frank Hamer !
Bien qu’ayant juré à sa douce et tendre qu’il ne reprendrait jamais du service, lorsqu’il découvre dans la presse que deux motards de la police ont été abattus sauvagement par le couple Barrow, l’ancien Rangers n’a alors plus qu’une obsession, celle de stopper net les meurtriers.
Rompant sa promesse, le voici qui saute dans sa rutilante voiture, direction un petit patelin où il est censé récupérer un vieux camarade : Maney Gault !
Frank découvrira que les années ont eu une sale emprise sur le vaillant gaillard, lequel semble faire plus que son âge et s’adonne volontiers à la gnôle, toute frelatée on l’imagine.
Pensant qu’il n’a pas été aperçu, c’est manu militari que Hamer fait demi-tour. Mais le vieil alcoolo l’a bien repéré, et aura vite fait de se mettre en travers du chemin afin de persuader Hamer – qu’il surnomme « Pancho » – de l’emmener avec lui.
Voici donc les deux hommes engagés dans un périple où ils risquent bien de se briser les os. Á vive allure, ils avalent du bitume dans cette poursuite infernale de Bonnie & Clyde, lesquels, à bord de leur célèbre Ford V8 400, perpétuent leur massacre et font ainsi grandir leur légende. Celle-ci leur attire la sympathie de badauds qui, peut-être en tout état de cause, réservent aux tourtereaux un accueil digne de vrais héros.
Ce qui ne fera pas l’affaire de nos deux enquêteurs, se frottant à la réticence d’un prolétariat peu enclin à coopérer. En plus de cela, le FBI qui ne voit pas d’un très bon œil l’arrivée impromptue de ces deux « papys » sur leur terrain, auront tôt fait de leur mettre des bâtons dans les roues.
La mission s’avère particulièrement rude, mais Hamer et Gault ne sont pas de cette trempe qui abandonne facilement. Ainsi lorsqu’un bon « tuyau » leur parvient, ils prennent soin d’en faire bon usage afin de concocter un plan qui mettra définitivement fin à la cavale du gang Barrow.
Accompagnés d’un petit groupe d’hommes des forces de l’ordre, les voici tapis dans les buissons et prêts à en découdre.
Le moment opportun se présentant, les mitrailleuses et fusils à pompe entament leur sérénade, empêchant Bonnie & Clyde de riposter.
Leur voiture, criblée de balles, renferme désormais les cadavres d’un jeune couple, c’est la fin de l’épopée pour Bonnie Parker et Clyde Barrow !

HG01.jpg

Il ne faudra pas attendre bien longtemps pour que le cinéma s’empare de ces deux icônes. Dés 1937, soit trois ans après leur mort, dans « You Only Live Once », Fritz Lang s’inspire de leur histoire pour mettre en vedette Henry Fonda et Sylvia Sidney dans ce qui est considéré comme l’un des premiers films noirs.
Il faut dire qu’à cette époque le mythe des deux amants est encore bien vivace dans les esprits, et si on se demande à qui le crime profite, il suffit de se tourner vers Hollywood qui n’aura de cesse d’entretenir leur aura.
C’est d’ailleurs en 1967 que le premier biopic – quoique largement idéalisé – qui leur est consacré débarque, sous l’égide de Arthur Penn qui confie les rôles titres à Warren Beatty et Faye Dunawaye.
Le film abordera tout de même assez judicieusement leur parcours, jusqu’à leur mort et pour les amoureux de belles autos, la célèbre Ford qui a servi au film est exposée au « Hollywood Cars Museum ».
N’allez pas croire que seul le cinoche s’empare de l’image du couple, puisque ces deux là s’offriront un passage dans la Bande Dessinée, et pas sous n’importe quel pinceau. C’est à Paul Gordeaux que l’on doit, en 1960 dans France-Soir et sa série « Le Crime ne Paie Pas », relatant les grandes affaires criminelles de ce siècle, de voir apparaître les deux jeunes gens.
Le monde de la musique n’est pas en reste, en 1968 avec Serge Gainsbourg et Brigitte Bardot, qui interpréteront une version romancée de la vie des deux gangsters dans leur célèbre « Bonnie & Clyde », dont le texte s’inspire très largement du poème de Bonnie Parker himself : « The Trail’s End ».
Les hommages – si l’on peut dire – ne s’arrêteront pas là, et bien qu’ils ne tiennent pas toujours la vedette, les deux noms reviendront à plusieurs reprises au sein de divers courants artistiques. Soit furtivement évoqués, soit tenant un second rôle important.
Faut-il vraiment chercher à savoir pourquoi les deux criminels suscitent autant de fascinations ? Non pas vraiment, mais il faut être capable de re-contextualiser cet état de fait, d’un point de vue sociétale et politique, mais c’est quand même vachement barbant, et du point de vue de la culture populaire.
Ce ne fût pas difficile pour cette dernière de saisir la balle au bond, surtout lorsque ce n’est pas moins de vingt milles personnes qui furent présentent lors de l’enterrement du couple, âgés de vingt-trois et vingt-cinq ans.
On insistera bien là-dessus, au risque de heurter les sensibilités, mais tout était alors prétexte à accroître cette image qui s’est construite sur des faux-semblants, sur des mensonges et qui joua de la crédulité de pauvres hères qui eurent tout perdu, et n’avaient dés lors plus rien à attendre de cette chienne de vie.
La fameuse photo de la fusillade, prise par le FBI, sera assurément le dernier maillon qui permit d’asseoir Bonnie & Clyde sur le siège des figures incontournables du vingtième siècle, même si l’Histoire aurait préférée ne jamais avoir à les compter.
On finit tout de même par se demander où est la place pour ceux qui eurent la malchance de croiser la route des deux bandits. Des victimes reléguées au simple rang de « trophées » ? Mais quelle horrible idée !
Dés lors, quelle place également pour ces hommes qui seront parvenus à enrayer cette cavale meurtrière ? Ils font bien pâle figure face à Parker et Barrow, et ces injustement oubliés voient alors leur nom s’enfouir dans un épais brouillard.

HG02.jpg

Il fallait donc bien, tôt ou tard, s’atteler à rétablir l’équilibre. Rendre la justice pour ces individus courageux et dont l’opiniâtreté n’a jamais défailli.
Grâce à « The Highwaymen », c’est désormais chose faite !
Estampillé du logo de la célèbre plate-forme Netflix, le voici qui débarqua un 29 mars 2019 afin de dresser admirablement le portrait des deux Texas Rangers qui permirent de coincer Bonnie & Clyde.
Il ne s’agit pas véritablement d’un biopic, mais davantage d’un drame policier basé sur des faits réels, nous situant à quelques semaines à peine de la fusillade qui aura raison des deux amants.
En optant pour le point de vue des deux agents, le long se montre plutôt intelligent puisqu’il va reléguer les malfrats au simple rôle de filigrane, préférant laisser leur ombre planer tout au long du récit.
Leurs apparitions à l’écran se résument à quelques secondes à peine, de dos presque exclusivement, comme pour nous rappeler que cette fois, ils ne seront pas les héros, juste des criminels notoires qui n’hésitèrent pas à prendre la vie d’autrui, sans état d’âme.
La lumière jaillira alors sur Hamer et Gault, de quoi jubiler en retrouvaille puisque Kevin Costner est de la partie. Il endosse le costume de « Pancho », et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il est, comme à l’accoutumé, brillant et charismatique.
Il campe à merveille ce bonhomme au visage hermétique, dont on peine à imaginer qu’un quelconque sentiment puisse égailler ce dernier. La seule lecture qu’on puisse en faire, est sans conteste la détermination et l’abnégation.
Le bon sens laissera parfois place à la manière forte, et le calme soudain se transformera en une colère à peine maîtrisée.
L’acteur de soixante-quatre ans crève littéralement l’écran en étant pleinement investit dans un rôle à la hauteur de son talent.
Woody Harrelson est tout aussi magistral et on admirera comme il se doit sa prestation exemplaire. Dans la peau de Maney Gault, un solide bonhomme qui n’est plus que l’ombre de lui-même et qui voit ici l’occasion de retrouver cette vaillance perdue, l’acteur est frappant de réalisme, touchant et sympathique à la fois.
Tout le contraire de son acolyte, car « The Higwaymen » met en évidence ce contraste entre les deux hommes. Les oppositions d’idées et de caractères qui existent entre Gault et Hamer, tout en étant très complémentaire, est l’ingrédient qui apporte ce côté « épicé » à l’histoire.
L’action étant peu présente, il ne faut pas vous attendre à des courses poursuites effrénées, ni aux pétarades qui en résultent, il fallait donc combler ces absences d’une autre manière.
On regrettera cependant le côté vite expédié de la chose, on aurait beaucoup aimé que cette dissonance entre les deux protagonistes soit plus souvent mise en avant, ce qui aurait certainement aidé le film a conservé un rythme plus constant.
Quoiqu’il en soit, le long signé John Lee Hancock ne démérite pas et parvient à mettre en évidence les sentiments profonds qui animent Hamer et Gault, amenant ceux-ci à raisonner avec intuition, plutôt que de foncer dans le tas et voir ce qui en résulte.
Il faut dire que, si il arrive a un aussi bon résultat, c’est parce que le réalisateur est loin d’être un novice, et il a déjà quelques heures de vols derrière lui.
Il parvient à instaurer une ambiance digne de l’époque dépressionnaire, entre-autre grâce à une réalisation soignée et élégante, subtile quand elle se doit et faisant la part belle à son environnement. Ce qui nous permet de mieux nous imprégner de l’atmosphère régnante. On peut presque ressentir cette chaleur pesante, laquelle exacerbe les tensions et rend cette traque plus nerveuse que jamais.
Une réussite en soit, car les deux heures du métrage passent à une vive allure, pour nous conduire à un final sans grande surprise, mais ça c’est une évidence, enfin quoique… ce dernier s’avère assez surprenant dans sa conclusion qui ne tombe pas dans le vulgaire cliché. C’est rondement mené et à l’entame du générique de fin, on se laisse parcourir par un léger frisson qui résume à lui seul la qualité du spectacle qui nous a été donné de voir.
On sera tellement ravis qu’on en oubliera même les petites libertés prises avec l’Histoire, par exemple la fusillade où on s’attend à entendre l’effroyable cri de Bonnie lorsque, sous ses yeux, l’homme qu’elle aime se fait trouer comme une passoire.
Difficile de lui en tenir rigueur, car « The Higwaymen » est juste magnifique et rend un hommage mérité à ces types au courage exceptionnel !

HG03

Et dire qu’il y en aura encore qui viendront se plaindre de Netflix.
S’octroyant une cinéphilie que les autres n’ont pas, ils ont toujours raison et leur arrogance sera la panacée du 7ème art.
Alors forcément, pour eux, « The Higwaymen » c’est pas bon, « c’est pas du cinoche, tu comprends… c’est pas sorti dans les salles alors… » et puis, comme ils aiment à la préciser, Netflix c’est pour ceux qui n’y connaissent rien !
Et bien non… c’est pour tout le monde : cinéphiles et cinéphages, et si ça vous emmerde alors vous regardez ailleurs et vous arrêter de nous les briser !
Et justement, en témoigne la bobine dont il est ici question.
Pour ce qui est de Netflix, il peut aujourd’hui prétendre à jouer dans la cour des grands, et ça, il est fort à parier que ça va en faire chier quelques-uns.
Le film de John Lee Hancock, lui, aurait certes eu sa place en salles, tant la qualité de son scénario, tant sa superbe photographie, tant sa qualité visuelle sont des atouts indéniables. Et si l’on est pourvu d’un matériel de qualité, capable de sublimer son rendu HDR, on peut affirmer sans mal que l’expérience vaut le détour, et « The Highwaymen » nous met une belle claque ce qui, dés à présent, en fait un immanquable… mais bon c’est sur Netflix alors… « Oh mais ta gueule » !

Cédric Valentin

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s