BEFORE I WAKE

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Dans la catégorie des réalisateurs sur qui il faut garder un œil, Mike Flanagan y tient une place importante.
C’est que le mec fait vraiment partie de ceux dont on a le plus envie de découvrir le dernier bébé, dés que l’on nous annonce que le petit est en train de couver.
L’impatience est souvent à son comble, tant on a envie de voir la trogne que revêtira la bobine en question.
Impatience, oui, mais peut-être pas comme l’attente du Messie – le grand barbu étant bien décidé à prolonger son éternel repos – mais plutôt comme quelque chose qui demeure inchangé au fond de nous, cette envie immodérée de se fondre dans un univers qui nous procurera quelques émotions.
Flanagan est de cette trempe, capable de nous pondre ses plus sublimes aspirations, comme dans « Oculus », et même « Ouija 2 » qui fût une agréable surprise tant il supplantait, et de loin, son premier opus.
Toujours plus inscrit dans un cinéma indé, histoire de conserver une certaine liberté, jamais putassier dans ses choix, le lascar se fendait en 2016 d’un « Before I Wake » à la fois émouvant et terriblement envoûtant.

beforeiwakesmall-e1459758484392Jessie et Mark ont vécu ce que tout parent redoute : la perte d’un enfant !
Un malheur en entraînant un autre, ils apprennent dans le même temps qu’ils ne pourront plus jamais fonder une famille.
Le deuil qui s’en suit, Jessie ne parvient pas à le surpasser. Pour tenter de se reconstruire le couple va se proposer comme famille d’accueil.
Très rapidement ils seront contactés par la responsable de leur dossier, Natalie, – tiens mais qui voilà Annabeth Gish, toujours dans les bons plans – qui les informe de l’arrivée imminente dans leur chaumière d’un petit garçon de dix ans : Cody.
Le bambin est orphelin de mère, et quid du père ? Bah on sait pas et on présume qu’il a du clamser lui aussi. Trimballé d’une famille à l’autre, la dernière l’ayant, semble t-il, abandonné, Cody ne se pose jamais en victime et fait, au contraire, face à l’adversité avec une humilité exemplaire. Ce qui le rend particulièrement touchant.
Si tout paraît s’annoncer sous les meilleures auspices, très vite le couple va être confronté à l’attitude étrange du gosse, lequel lutte de toutes ses forces pour rester éveillé.
Un comportement troublant qui trouvera son explication lors d’une nuit, pendant laquelle surgit une nuée de papillons. Ils apparaissent au moment même où Cody s’endort. Cette manifestation, aussi soudaine qu’inattendue, dans le propre salon de Jessie et Mark est à la fois surprenante et déroutante. Plus encore lorsque, la nuit suivante, ils reçoivent la visite de leur défunt enfant, Sean. Circonspect dans un premier temps, le couple se laisse ensuite aller aux embrassades chaleureuses, jusqu’au moment où leur progéniture va littéralement s’évaporer… lors du réveil de Cody !
Celui-ci possède un don, puisque ses rêves peuvent se matérialiser.
Mais ce qui effraie le garçonnet se situe dans l’apparition d’une entité qu’il surnomme le « Canker Man », qui lui rend visite à chaque fois qu’il ferme ses paupières.
Pour Jessie, c’est la clé qui lui permettra de faire son deuil. En profitant de ce don exceptionnel, elle pourra espérer revoir, chaque nuit, son fils trop tôt disparu.
Mais si Cody fait de beaux rêves il fait aussi des cauchemars, et il vaut mieux s’en méfier. Ils sont dévastateurs, mortels même !
Un souvenir douloureux, un camarade de classe qui le terrorise,… il n’en faut pas plus au petit garçon pour qu’il laisse s’exhumer ses peurs les plus profondes, lesquelles seront un danger pour qui croisera leur chemin.
Jessie et Mark ne vont pas tarder à s’y confronter, et il leur faudra comprendre le mécanisme du don de Cody si ils veulent rester en vie.

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« Before I Wake » n’est pas, à proprement parler, un film d’horreur au sens conventionnel du terme.
On aurait bien pu le penser à la seule lecture du synopsis, où il est question d’un enfant qui gravite dans un univers assez surnaturel. Et puis soyons honnête, dés qu’il est question d’un chiard maléfique on a le trouillomètre qui passe sous zéros.
Ce n’est donc pas le cas, et pour le coup nous sommes plutôt éloigné de tous rivages malsains et irrévérencieux.
Le film de Mike Flanagan s’inscrit davantage dans le registre de la fable moderne, d’un drame surnaturel pourrait-on même dire mais qui, toujours, confine au merveilleux.
Dés l’entame on comprend qu’il s’agit avant-tout d’aborder la thématique du deuil et de la résilience, amenant une jeune femme à se servir des dons de l’enfant dans un but purement égoïste, alors que le lien indéfectible qui unis Jessie et Cody est cette relation avec la mort elle-même. Certes leur histoire avec cette dernière n’est pas vraiment similaire, mais sous bien des aspects elle se heurte à la puissance des sentiments que la grande faucheuse leur inspire.
Tous ses éléments tentent à nous prouver une nouvelle fois combien le réalisateur maîtrise son sujet. Il sait exactement où il veut aller et se permet de prendre le temps afin de bien cadrer son récit. Il dessine alors les contours psychologiques de ses protagonistes, versant subtilement dans le drame familial qui couvrira la première partie du film. Toutefois, afin de garantir un rythme suffisamment louable, il ajoute une touche onirique et très poétique, et contraste celle-ci avec l’incursion de séquences plus anxiogènes. Elles sont d’ailleurs essentielles afin de garantir la finesse de la conclusion.
De quoi vous filer quelques frissons tout de même, entre-autre grâce à une parfaite maîtrise du jump-scare, désireux de ne jamais vouloir en faire trop afin de ne pas rendre son métrage trop convenu et téléphoné. Un bien vilain mot lorsqu’il s’agit de « Before I Wake », et utilisé à mauvais escient par une horde de « trolls » qui aiment, comme à leur habitude, parler pour ne rien dire… ou alors pour lâcher des conneries ! On aime, ou on aime pas, mais dans les deux cas il vaut mieux avoir des arguments qui tiennent la route… à bon entendeur !
C’est donc bien d’un conte dont il s’agit, car en réunissant l’ensemble des aspects exprimés ci-dessus, Mike Flanagan va pouvoir explorer à sa guise les traumatismes liés à l’enfance – et comment ceux-ci sont perçus par les adultes – liés à des réminiscences qu’un jeune cerveau tente d’interpréter, de leur donner forme, mais aussi de combler les « trous » afin d’obtenir un raccord, aussi approximatif soit-il.
D’évoquer ensuite l’exercice difficile pour un enfant de dix ans, celui de comprendre le monde qui l’entour. Ainsi, un simple mot, mal prononcé et dont on ne saisit pas toujours la gravité du sens, des images abstraites dont on peine à se souvenir à quoi elles sont rattachées,… cela suffit pour s’inventer un monde en soit, à se créer ses propres frayeurs. Comme par exemple cette scène, très belle au demeurant, lorsque Jessie raconte combien elle était pétrifiée, petite fille, pensant qu’une sorcière grattait à sa fenêtre alors qu’il s’agissait d’une branche trop longue cognant contre la vitre.
On aura beau dire, mais la puissance d’imagination d’un môme c’est quand même quelque chose.
Le réal’, délibérément, ne nous rendra pas la tâche très compliquée : on en saisira vite les tenants et aboutissants et l’issue de l’intrigue se fera vite connaître. Mais c’est pour mieux s’identifier à Cody, et si vous y parvenez vous aurez alors l’occasion de vivre une expérience incroyable qui vous permettra de laisser s’exhaler vos sentiments les plus forts. C’est magnifique et très poignant à la fois.

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Quand on pense que « Before I Wake » a failli ne pas voir le jour… mazette ! C’eût été un drame assurément.
En cause la faillite déclarée par Relativity Media, laissant le film à un sort inconnu, funeste destin qu’est alors le siens.
Fort heureusement il n’en sera rien, car tel un chevalier blanc chevauchant sa fière monture, la plate-forme Netflix passa dans le coin afin d’acquérir les droits du métrage. Tout est bien qui finit bien, et Mike Flanagan peut ainsi sortir son petit film en toute quiétude.
Un film pas vraiment novateur sur le fond, il faut bien l’avouer, mais redoutablement efficace sur la forme. De quoi apprécier le jeu adroit et fin du jeune Jacob Tremblay, vraiment attendrissant et tellement attachant.
Kate Bosworth et Thomas Jane complètent le casting, un duo qui fonctionne bien et pour l’acteur, vu dans « 1922 », de trouver là un rôle à sa mesure. Sa partenaire, elle, est moins convaincante et un peu trop scolaire dans son interprétation. Heureusement elle est bien dirigée par un Mike Flanagan qui démontre combien son talent de metteur en scène peut se révéler comme un atout majeure.
Le gaillard est aussi un technicien hors-paire, pour preuve ces mouvements de caméras amples et d’une belle fluidités, ne laissant rien au hasard afin de sublimer le tout.
Flanagan soigne l’esthétisme de son film grâce à ses capacités de mettre en équilibre les ombres et la lumière, comme pour rajouter une petite touche fantasmagorique, plutôt efficace dans ce cas-ci.
Quelques belles séquences ponctuent « Before I Wake », notamment celles avec les papillons où il vous faudra être très attentif, regardez bien la petite particularité de ces splendides lépidoptères, illustration parfaite s’il en est de la nature des rêves de Cody.
L’aisance de Flanagan se retrouve aussi dans l’écriture, puisqu’il en est le co-scénariste aux côtés de Jeff Howard.
Le métrage ne s’enfonce jamais dans les dialogues trop ardus ou trop savants, au contraire, l’accent est mis sur l’essentiel : le don de Cody !
Bien que l’on comprenne quel potentiel peut se dégager de ce dernier, qui causera malgré tout quelques dommages collatéraux au préalable, on se laissera guider à notre tour par notre imagination. Là encore le talent d’écriture fait son effet, amenant le spectateur à un final qui est loin d’en être un, c’est au contraire un commencement, à nous d’écrire ce qui va arriver, et là, on peut vraiment se lâcher. Le rendu de cette ultime scène est porté à son paroxysme lorsque retentit les premières notes de « Welcome Home, Son » de Radical Face… un pur moment de magie et de savoir-faire.

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« Before I Wake » est donc une excellente pelloche qui mérite que l’on s’y attarde. Nos amis de l’hexagone n’auront pas de mal à la dénicher, puisqu’elle est disponible sur Netflix France. Pour les autres, c’est une autre paire de manche.
En Belgique, un blu-ray a été édité dans la partie Nord du pays avec, ouf!, un sous-titrage français.
Car plus que jamais, passer à côté d’une œuvre estampillée « Mike Flanagan » relève de l’impensable tant le réalisateur est un passionné et un érudit du cinéma de genre. Un mec talentueux, au sommet de son art et qui nous offre ici une production qui parlera à plus d’un. Du trouble du sommeil, en passant par les affres d’une vie qui ne nous épargne en rien, à la volonté de toujours voir la petite lueur au bout du tunnel, de l’envie de vivre et de renaître,… bref, la vie avec un grand V qui prend, sous le regard d’un cinéaste avertis, toute sa dimension.

Cédric Valentin

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