DRAGGED ACROSS CONCRETE

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C’est un peu comme dans toute chose, il faut toujours aller à la pêche aux infos pour être certain de faire le bon choix. Et c’est plus qu’évident, le cinéma n’échappe pas à cette règle implacable.
Dés lors, avec deux longs métrages à son actif, l’excellent « Bone Tomahawk » et le génial « Brawl in Cell Block 99 », le nom de S. Craig Zahler résonne comme une valeur sûre.
Avec cette constante obsession de s’éloigner toujours un peu plus des chemins balisés d’un Hollywood qui n’ose plus s’écarter de sa zone de confort, le réalisateur s’en va donc fouler des sentiers oubliés qui, jadis, furent empruntés par des Friedkin et autres Pekinpah.
Avec son troisième long, Zahler s’aventure donc un peu plus dans ces endroits où on ne l’attend pas forcément. Décrivant dans ce « Dragged Across Concrete » la noirceur d’une société, la déchéance des braves qui basculent vers le côté obscure, et l’incertitude de voir poindre des jours meilleurs, l’homme signe une œuvre d’une puissance inouïe, et on peut sans se tromper affirmer que ce dernier film est, peut-être bien, sa plus grande réussite !

3897922Brett Ridgeman et Anthony Lurasetti sont inspecteurs de police, aux méthodes certes brutales, mais qui s’accompagnent de résultats probants.
Cependant, dans une société perpétuellement sous l’œil de « Big Brother », difficile de faire son métier en toute quiétude. Une banale arrestation d’un narcotrafiquant, filmée à leur insu, et voici que nos deux lascars sont suspendus, sans salaire, pendant six semaines !
Dans le même temps, Henry Johns, une petite frappe, sort de prison. Il se fait rapidement enrôlé par Lorentz Vogelmann, sorte de roi de la pègre, afin de braquer une banque.
Quel est le lien qui unit ces personnes ? L’appât du gain, tout simplement !
Les deux policiers sont sans revenus, et à l’approche de la soixantaine, Ridgeman, souhaite offrir à sa femme et à sa fille une vie meilleure, loin de cette violence grandissante qui gangrène leur quartier.
Lurasetti, lui, ne veut pas que sa fiancée souffre des aléas de son métier dans les forces de l’ordre, boulot vachement mal payé qui plus est.
Du coup, le futur sexagénaire décide de monter un coup, et son comparse ne sera pas de trop afin d’en assurer la réussite. Le but : dérober quelques biffetons à Vogelmann.
Ils vont donc planquer nuit et jour afin d’observer les habitudes du gangster, et le filer lorsque c’est nécessaire.
Leur coup ne doit être qu’une simple formalité, mais les deux poulets n’avaient pas imaginé que le dénommé Henry Johns désirait, lui aussi, sa part du gâteau.
Ils sont tombés dans un beau merdier, et l’issue risque bien de leur réserver quelques surprises !

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Drame policier sombre et pessimiste, le troisième long de S. Craig Zahler se paie deux têtes d’affiche qui apportent cette dimension si particulière à son film : Mel Gibson et Vince Vaughn.
Un duo qui fonctionne rudement bien et qui permet aux deux acteurs de s’illustrer brillamment lors de séquences magnifiques aux dialogues truculents.
Car le film de Zahler est de ceux qui prennent le temps de décortiquer ses protagonistes, quitte à user de quelques plans fixes qui, si ils peuvent être laborieux chez d’autres, sont à la fois essentiels et terriblement cinégéniques chez lui.
Ainsi nous aurons le loisir d’admirer le regard intense et profond de Mel Gibson, un regard qui en dit long sur ses états d’âmes. Vince Vaughn, lui, se paye le luxe de quelques répliques cocasses. De quoi rendre le duo à la fois diamétralement opposé et tellement complémentaire.
Oui, le récit prend son temps, dans sa première partie du moins, laquelle se présente comme une sorte de prologue qui introduit les personnages d’une part, et de l’autre évoque le contexte sociétal scabreux. De quoi permettre au spectateur de s’immerger totalement dans ce décorum sinistre et plombant.
C’est donc en seconde partie que le réal’ insuffle un rythme nouveau : les événements s’accélèrent, et là encore, le mec fait preuve d’un talent fou pour bifurquer sur une autre voie, quittant un temps le registre dramatique au profit d’une intrigue rondement menée et haletante à souhait.
Il n’en oublie toutefois pas ses priorités, celles d’avoir toujours l’œil de la caméra braqué sur cette condition humaine qui conduit aux choix les plus répréhensibles.
Mais Zahler, en grande intelligence, nous sert une narration dans laquelle il n’est jamais question de condamner ou d’approuver les actes des deux policiers. Des ripoux ? Peut-être… mais le sont-ils devenus dans le but purement égoïste de s’enrichir ?
Qui sont les « vrais » gentils et qui sont les « vrais » méchants ! Là encore S. Craig Zahler sait faire planer le doute, comme pour mieux critiquer ce monde où le bien pensant endosse le costume de la règle absolue, nous délestant de notre libre arbitre.
« Dragged Across Concrete » est donc un film d’ambiance, viscéral et transgressif lorsqu’il le doit, avec une vraie singularité. Du bon cinoche qui ose bouleverser les codes !

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Quelle leçon de cinéma ! Et quelle claque on se prend – ça devient une habitude chez le réalisateur – tant la pelloche nous prend aux tripes, tant le duo Gibson/Vaughn atteint des sommets de perfection,…
Prestation exemplaire, sincère et humaine des deux gaillards. Si à soixante-trois ans le brave Mel n’a plus rien à prouver, le Vince, lui, ancre définitivement sa personne dans le registre du touche à tout, capable de s’éloigner un temps de la comédie, parfois potache, pour prendre ses quartiers au cœur de sujets plus sombres.
Pour le coup, il retrouve pour la seconde fois S. Craig Zahler qui avait eu la bonne idée de faire appel à l’acteur pour « Brawl in Cell Block 99 ». Le réalisateur invite également, dans des seconds rôles, quelques noms biens connus qui lui sont chers. Citons, entre-autre, Udo Kier dans une petite apparition toujours remarquable, et la jolie Jennifer Carpenter qui est ici moins impitoyable que dans le film précédemment cité. La belle se fend au contraire d’une interprétation tout en émotion qui lui va à ravir.
Quant au réalisateur/scénariste, on peut franchement dire qu’il sait y faire le bougre ! Il le prouve avec ce troisième film dans lequel sa technicité est une fois encore redoutable, son écriture assurée et sa direction d’une justesse sidérante.
Pas de fausses notes, et même la durée de 2h38 n’est pas un frein, tant on est scotché à l’écran, parcouru d’un intense frisson. C’est bien simple, le temps passe même trop vite et ces images fiévreuses nous trottent encore dans la tête, et ce, longtemps encore après le visionnage.

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Il est fort à parier que S. Craig Zahler n’a pas fini de faire parler de lui, et qu’il continuera à nous émerveiller dans ses futurs projets qui, à n’en pas douter, étayeront une filmographie appelée à devenir incontournable.
Toujours en phase avec ses aspirations de dépoussiérer un peu le paysage cinématographique, lequel ne jure plus que par les supers héros en collant, le gaillard travail ses idéaux avec une volonté immuable de subvertir les conventions auxquelles le spectateur s’est habitué, et ce, afin de vivre plus intensément encore l’expérience d’un cinéma qui parvient à s’écarter du carcan dont il est prisonnier depuis bien trop longtemps !

Cédric Valentin

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