THE DAUGHTER (Angelica)

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Sigmund Freud, père de la psychanalyse, du fond de sa tombe pourra s’enorgueillir d’avoir été une source d’inspiration pour bon nombre de cinéastes qui aiment nourrir leur film de références « freudienne », notamment lorsqu’il s’agit d’évoquer la sexualité.
Là, clairement, dés qu’il est question de quelques bistouquettes et de tartes aux poils, il y a du monde au balcon. Et ne nous mentons pas, si les sujets peuvent parfois être racoleur – ce qu’on peut apprécier ou non – il en est d’autres qui prennent le temps d’aller au fond de la chose (hé hé… au fond) nous livrant ainsi une profonde (hé hé… profonde) analyse qui aurait certainement plu au célèbre neurologue autrichien.

angelica-aplat-dvd-7-640x890Londres, fin du 19ème siècle. Le Docteur Joseph Barton est un scientifique vivisectionniste – ah les joies de ces métiers d’antan – issus de la bonne société.
Il fait la rencontre de Constance, une jeune femme qui bosse comme vendeuse, et le bon docteur en tombe éperdument amoureux.
En gentleman, il lui fait bien sûre la court dans les règles de l’art, et déjà l’on peu y voir quelques différences dans leur comportement : Joseph est cartésien, trouvant quoiqu’il puisse arriver une réponse cohérente à ses doutes. Constance, elle, est de nature crédule. Ce qu’elle voit, elle le croit, ne cherchant pas une quelconque explication à l’inexplicable.
Mais l’amour transcende toutes ces oppositions, et voici que le couple convole en justes noces. Pour fêter cela, quoi de plus romantique qu’un petit voyage à Venise, pour profiter des gondoles en laissant le printemps sur la Tamise ? Bref… c’est romantique !
C’est lors de cette première nuit en tant que jeunes époux, que Constance va découvrir les joies de la chair, l’entrelacement des corps humides qui expriment désormais cet amour qui les unis.
Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle y prend un goût certain, et le moindre moment de désir doit être assouvis. Ce qui n’est pas pour déplaire à ce bon Joseph, qui ne peut réprimer une trique d’enfer dés que sa caille est à point.
Et ça nique, et ça nique… et donc fatalement à une époque où la contraception n’existait pas, voilà qu’arrive un môme, une petite fille baptisée Angelica.
L’accouchement ne fut pas sans peine, et Constance se voit contrainte par ses médecins de faire abstinence, de façon à ne plus jamais pouvoir donner la vie, au risque de perdre la sienne.
C’est bien beau tout ça, mais vu qu’elle est chaude comme une baraque à frites, comment va t-elle faire ? Et quid de Joseph ? Le pauvre homme étant désormais dans l’obligation de taquiner Popol sans l’aide précieuse de sa dulcinée… c’est dur quand même (hé hé… dur) !
Le désir ardent qui brûle entre les cuisses de Constance commence à rendre la jeune mère un brin neurasthénique.
Une nuit, alors que son mari pense avoir trouvé la solution pour assouvir leurs bas instincts, Constance entend geindre sa rejetonne.
Se précipitant avec hâte dans la chambre de l’enfant, le spectacle qui s’offre à elle est à la fois déroutant et terrifiant : virevoltant dans les airs, des microbes s’assemblent pour représenter une forme humaine, penchée sur l’enfant endormi.
Inlassablement cela se répète, et la mère se sent de plus en plus désarmée. Son époux la croit folle et ne comprend pas ce qui peut bien lui arriver. Le veut-il seulement, lui qui souffre de voir sa femme s’éloigner de lui.
Afin de repousser le mal qui semble avoir pris ses quartiers dans cette grande maison victorienne, Constance engage Anne Montague. Une grande bringue qui aurait quelques remèdes pour chasser cette entité, et ainsi ramener la quiétude dans la maisonnée.
Très vite Anne et Constance vont entretenir une amitié et tenter, ensemble, de se débarrasser de ces mauvaises ondes.
Et si le danger ne venait pas de la maison ? Et si, au contraire, celui-ci se trouvait être d’une nature plus définie ?

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« The Daughter » est le troisième film du réalisateur Mitchell Lichtenstein, lequel nous avait déjà proposé, en 2007, l’incroyable « Teeth ».
Rappelez-vous : Dans cette comédie horrifique déjantée, une jeune fille découvrait que son vagin possédait des dents, et malheur à celui qui voudrait enfourner la donzelle, il risquait bien de se faire bouffer la zigounette.
Le réal’ y abordait donc déjà le thème de la sexualité chez la femme, pour nous revenir ensuite, en 2008 et toujours dans le registre de la comédie/dramatique, avec « Happy Tears ».
Depuis lors, l’homme paraissait être aux abonnés absents. Sauf que, en 2015, il revenait derrière la caméra pour signer « Angelica » – titre original – d’après le roman de Arthur Phillips.
Le constat sera sans appel : nous sommes à des éons des deux précédents métrages.
Car ici, nous plongeons dans une œuvre psychanalytique qui confronte une fois de plus la femme et la sexualité, mais sur un ton bien plus sérieux.
Dans sa première partie, le long pose des bases assez claires sur la nature narrative en proposant quelques instants d’une belle tendresse.
Oscillant entre la complicité maligne du couple et les périodes sombres qu’ils vont vivre, on sent poindre une histoire poignante qui aura tôt fait de mettre en exergue la position de la femme au cœur de la bonne société anglaise, d’autant plus lorsque celle-ci n’est pas issue de ce beau monde.
Et puisqu’il fallait bien que le récit bascule dans le « freudien », c’est tout naturellement que Lichtenstein tisse sa toile dramatique au travers des grandes questions liées à la sexualité, chez son héroïne principalement, laquelle se retrouve tiraillée entre ses désirs intimes, et ceux de son époux.
Dilemme encore plus appuyé lorsque, pour satisfaire les besoins de son mari, elle se prête à quelques pratiques qui, dans son esprit, ne sont pas dignes d’une mère.
Et la peur prégnante de voir partir l’homme qu’elle aime, par sa faute de ne pouvoir s’offrir à lui, aura une répercussion sur la santé mentale de Constance. Et pour nous, de voir alors l’histoire prendre un nouveau tournant.
Bien qu’il conserve sa nature psychologique, « The Daughter » nous entraîne sur les voies de l’horreur, du moins c’est ce que nous étions en droit de penser, puisque c’est bien comme cela qu’on nous l’a présenté.
En fait non ! Il y a tromperie sur la marchandise, car la bobine est tout au plus un mélo-drame aux accents fantastiques.
Des accents qui tiennent davantage lieux de la métaphore, et le spectateur n’aura pas trop de mal à résoudre l’intrigue, à laquelle il pourra apporter diverses interprétations. C’est bien là que réside la magie de la psychologie, c’est que toutes les théories peuvent s’avérer efficaces.
Enfin bon, il est à noter que chez Mitchell Lichtenstein il ne faudra pas trop se creuser les méninges, et à y regarder de plus près, on peut se demander si cette incursion fantasmagorique était vraiment nécessaire ?
Pas vraiment certain pour le coup, et une approche plus rationnelle aurait sans nul doute apporter plus de consistance au récit.
Car dans sa seconde partie, « The Daughter » se perd légèrement dans les méandres brumeux de l’irrationnel. On ne parvient plus trop à saisir les aspirations du réalisateur et scénariste, complètement largué à son tour. L’intervention de Anne Montague (Janet McTeer), bouleverse totalement le déroulement de l’histoire, et pas en bien vous pouvez le croire.
Dés lors, cette deuxième partie s’avère laborieuse et sans goût, s’essouffle bien trop vite et ne parvient pas à reprendre son rythme de croisière. Pire encore, elle s’enlise littéralement dans cette incessante remise en question qu’a la protagoniste à propos de sa libido. Vient un moment où l’on a compris, et il n’était pas à ce point obligatoire de le rabâcher toutes les cinq minutes !
Il faudra donc attendre son dernier quart pour retrouver un peu d’entrain, et admirer son final, tout de même assez réussi il faut l’avouer, mais tellement évident à bien y repenser. Gardons toutefois une note positive pour cette ultime scène, laquelle est assez cinégénique.

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Dommage que cette prod’ contienne autant de points négatifs, tant Mitchell Lichtenstein aurait pu nous offrir un très grand film. Tant au départ il avait « choppé » le truc qui aurait pu nous emmener loin, tant il se positionnait comme celui qui était encore capable de nous émerveiller malgré un sujet mainte fois exploité.
Regrettable, une fois de plus, puisqu’il était parvenu à donner à son film une vraie ambiance, avec des décors magnifiques et très représentatifs de l’Angleterre post-victorienne. Même un petit côté gothique fort appréciable, nous rappelant sous biens des points ces incroyables productions made in Hammer !
Le mec se rattrape, heureusement, sur un autre point, celui de la réalisation à proprement parler. Et il faut bien l’avouer, c’est un formidable technicien, capable de biens des prouesses avec la caméra, ce qu’il démontre admirablement avec « The Daughter » grâce à une parfaite maîtrise dans les mouvements.
La superbe photographie confère à l’œuvre un visuel éthéré, les décors participant à rendre le film authentique, et cette capacité de faire jouer l’ombre et la lumière, grâce à de beaux contrastes, apporte au métrage un esthétisme qui lui est salutaire.
La très bonne direction d’acteurs est peut-être l’élément le plus salvateur de la pelloche. Jena Malone y est saisissante par l’intensité qu’elle dégage, et s’avère plus surprenante encore lors d’un final sulfureux, dans tous les sens du terme.
Ed Stoppard – que je préfère avec la barbe… oui je sais tout le monde s’en fiche – est tour à tour déroutant et pourtant terriblement attachant. Il y a une ambiguïté chez lui, à nouveau sur le plan sexuel, et il n’est pas aisé de choisir entre le « mais t’es un gros porc mec » et « putain, comme je te plains » !
Finalement, c’est bien le genre de truc qu’on aime dans un de film de cette trempe : avoir un personnage dont on ne sait si il faut être compatissant ou bien le honnir… bien que sur ce dernier point ce serait un peu lâche de notre part.
Alors oui c’est rageant ! Tous ces éléments tentent à prouver qu’on était en droit d’en attendre mieux, le potentiel pendait sous le nez d’un Lichtenstein qui n’avait plus qu’à tendre le bras pour l’attraper.
Toutefois, le film mérite notre considération, ne serait-ce que pour son visuel, son jeu d’acteurs, et quand même un peu le sujet traité. Et si la curiosité vous titille, son visionnage ne sera pour autant pas une perte de temps. Certes il ne vous comblera pas d’un immense bonheur, et la lenteur qu’il emprunte parfois vous fera sûrement un peu décroché, mais vous parviendrez sans mal à en saisir la quintessence, aussi substantielle soit-elle.

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Si le film de Mitchell Lichtenstein fût tourné en 2015, il ne sortira vraiment, aux États-Unis, qu’au quatrième trimestre 2017.
Il faudra attendre, dans nos contrées, le premier trimestre 2019 et c’est Condor Films qui nous gratifie de ce troisième long métrage.
Les plus fins connaisseurs, à la seule vue de la pochette du DVD et du Blu Ray, n’auront pas de mal à y voir une allusion au film « L’Orphelinat » de Juan Antonio Bayona. Coïncidence ou hommage volontaire et assumé ? Ou s’agit-il ni plus ni moins d’une volonté de duper encore un peu plus l’acheteur ?
Difficile à dire, et ne tombons pas dans la médisance facile.
Quoiqu’il en soit, « The Daughter » tente à prouver que le cinéaste aurait dû s’en tenir à ce qu’il sait faire de mieux, et laisser de côté son désir d’exploration intellectuelle des obsessions féminines.

Cédric Valentin

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4 réflexions au sujet de « THE DAUGHTER (Angelica) »

  1. Bonjour Cédric,
    J’ai bien aimé votre article sur le film « The Daughter » Pouvez-vous m’aider à cerner la fin du film ? J’avoue que j’ai été surpris par l’introduction d’un nouveau personnage à la dernière minute du film qui serai en fait « Constance » que l’ont voit aidée par la « voyante » et son amie (l’aide ménagère) à se lever difficilement du lit. Mais alors, cela veut dire que l’histoire tourne en fait autour de Veronica devenue grande (que l’on voit sous les traits de Constance durant tout le film) ? J’avoue ne pas saisir.

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    • Bonjour Sébastien,

      Alors,… effectivement le film est axé en partie sur Angelica, laquelle, dés le début du film, se retrouve confrontée à Constance agonisant sur son lit de mort. Cette dernière va lui raconter la vérité sur la disparition de son père, et pour Angelica de prendre conscience, à la fin, de ce dont elle a vécu en étant petit fille.
      Dés lors, le final a pour vocation de lever le voile sur les frustrations de Constance, permettant ainsi à sa fille de mieux interpréter les étranges visions dont elle fut sujette lorsqu’elle était enfant.
      Mais davantage je vous dirais que le film est surtout axé sur la relation entre le mari et sa femme, dans une société pleine de tabous. Et de comment Constance va gérer cette frustration d’ordre charnelle par rapport à Angelica qui devient le réceptacle de ses peurs et de ses doutes.
      Voilà, en espérant avoir répondu au mieux à vos interrogations;)

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      • Merci Cédric,
        Oui ; désolé, je ne voulais pas dire Veronica mais Angélica. Je vais peut-être paraître naïf mais autant, j’ai compris la terrible parabole dans le film « L’Odyssée de Pi » ; autant j’ai eu des difficultés à comprendre « The Daughter » qui ouvre la voie vers de multiples interprétations.

        Donc, on est d’accord que le père abusait de sa fille devenue un « défouloir » dans le foyer avec une mère qui ne voulait pas voir la vérité en face ; préférant invoquer le surnaturel ?

        Est-ce la visite improvisée au travail du père qui aurait complètement déstabilisé la mère ?

        Sébastien

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      • Soyez rassuré, The Daughter est un film difficile à appréhender, et comme je le dis dans la chronique, on peut y trouver de multiples interprétations.
        Le père abusait effectivement de sa fille, la frustration de Constance l’empêchant de voir cette triste réalité. Et il est plus que certain que sa visite impromptue sur le lieux de travail de Joseph va déclencher quelque chose. En fait, c’est à cet instant qu’elle voit en lui une sorte de monstre, et la réalité de la situation s’impose petit à petit jusqu’à cette scène où Joseph est terrassé de la main même de Constance qui, enfin, prend conscience de l’effroyable vérité.

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